Le Canada, colporteur de Trump au Venezuela

[Partie 2] Le Canada joue le rôle de valet de la stratégie de renversement du gouvernement dûment élu du Venezuela que cherche à provoquer le grand démocrate qu’est Donald Trump. Le gouvernement du premier ministre Justin Trudeau dandine dans l’antichambre guerrière américaine, offrant ainsi un paravent de légitimité aux pulsions belliqueuses du président.

En tant que ministre déléguée à l’Organisation des États américains (OÉA), la ministre des Affaires globales, Chrystia Freeland, ne cesse de répéter que le Venezuela est une dictature. 

Elle a joint le Canada au Groupe de Lima, un rassemblement des 11 pays de droite latino-américains et des É.-U. dont l’article premier est de concrétiser le rêve de M. Trump. De fait, Mme Freeland présidera la prochaine réunion de ce groupe quelque peu occulte qui se réunira au Canada cet automne. De plus, le Canada, en émule du président américain, a imposé des sanctions économiques contre 40 dirigeants vénézuéliens, une agression diplomatique qu’aucun autre pays du Nord n’a osé jusqu’à maintenant.

Pourtant dimanche soir, le 15 octobre 2017, lors du suffrage universel pour le choix des gouverneurs, le parti du gouvernement est sorti vainqueur dans 18 des 23 états avec 54 % des voix. (Rappelons qu’en 2015, M. Trudeau a récolté 39,47 % du vote populaire au pays). Plus de 61 % des électeurs admissibles ont voté au Venezuela, un taux de participation qui s’approche de celui de la dernière élection fédérale au Canada. 

De plus, le suffrage a eu lieu sans anicroche parce que l’opposition à laquelle tiennent tant M. Trump et Mme Freeland a décidé, le temps de cette élection, de ranger ses matraques et de s’investir dans le processus démocratique. Le verdict posé par le peuple vénézuélien est sans équivoque.

Cela dit, la posture canadienne ne date pas d’hier. Elle fut instituée par le gouvernement conservateur de Stephen Harper qui a radié l’ACDI (Agence canadienne de développement international) et désigné les entreprises canadiennes de courroies complémentaires de transmission des fonds canadiens de développement international, ce qui leur a permis d’inféoder plus efficacement les communautés qui résistent à leurs projets souvent dévastateurs. 

Il a chargé les ambassades canadiennes de travailler avec l’arsenal américain de surveillance des courants socio-politiques et de soutenir les intervenants néolibéraux dans ces pays. Il a pris soin de nommer des ambassadeurs épris de cette vision. Un cas d’espèce : l’ambassadeur du Canada à Caracas, Ben Rowswell, spécialiste des médias sociaux et de la manipulation des masses, s’est vanté d’avoir « interpellé des dizaines de milliers de Vénézuéliens » pour qu’ils s’élèvent contre leur gouvernement. 

Il s’agit d’une douteuse besogne d’ingérence malveillante dans une démocratie tel le Venezuela qui a tenu pas moins de 22 élections universelles depuis la création en 1998 du système bolivarien.

L’opposition de la droite avait refusé de participer à l’élection de l’Assemblée nationale constituante du 30 juillet 2017, un processus inscrit dans la constitution. Ainsi, elle et Mme Freeland sont mal avisées de reprocher à la gauche d’avoir rapporté tous les sièges.

Le 12 octobre 2017, à Mexico lors de discussions sur le libre-échange, Justin Trudeau déclarait que « le peuple ne doit pas céder à la peur », de Trump bien sûr. 

Dans le même temps en ce qui concerne le Venezuela, son gouvernement se comporte comme lieutenant major de ce marchand de peur par excellence et comme légitimateur des fantasmes politiques autant débridés que dangereux de ce président. 

Le gouvernement de Justin Trudeau doit larguer la politique de Harper et annuler ses sanctions contre le Venezuela. Il doit se retirer du Groupe de Lima et cesser d’être colporteur de la désinformation contre le peuple vénézuélien. 

M. Trudeau doit effectuer une visite officielle au Venezuela pour constater de ses propres yeux la réalité, normaliser les relations bilatérales et élaborer des pistes d’action mutuellement avantageuses.

Pierre LeBlanc, conseiller en gestion à Ottawa