Le budget transformera-t-il nos municipalités ?

Le budget fédéral qui sera déposé mercredi pourrait renfermer la réponse musclée du Canada face aux incertitudes économiques et climatiques régnant chez nos voisins du sud. Il pourrait même lancer une décennie de croissance en stimulant la construction d'infrastructures dans les collectivités d'un bout à l'autre du pays. Un tel projet nécessitera la prise de décisions audacieuses au sujet du plan d'infrastructures.
Au cours des 11 prochaines années, le gouvernement s'est engagé à injecter 81 milliards $ dans les transports collectifs, les infrastructures sociales, les infrastructures vertes et d'autres genres d'infrastructures, des montants encore jamais vus.
La Fédération canadienne des municipalités (FCM) a réclamé de tels investissements. Nous sommes les premiers à reconnaître que ce n'est pas qu'en injectant des montants historiques que nous obtiendrons des résultats historiques. Il faut que ces investissements soient assortis d'un plan fédéral à long terme, qui donne les outils aux gouvernements locaux pour produire les résultats voulus.
Les élus municipaux savent que c'est en améliorant les réseaux de transports collectifs que nos citoyens pourront se déplacer plus facilement et plus rapidement. En mettant les travaux en marche dès maintenant, nous serons en mesure de créer plus d'emplois, de réduire les émissions de GES et de récupérer des milliards en productivité perdue dans les embouteillages.
Les villes sont prêtes à réaliser l'expansion de leur réseau, mais elles pourraient être retardées si le financement est lié à des programmes qui ne répondent pas à leurs réalités locales. Ce qu'il leur faut plutôt, ce sont des affectations prévisibles, qui leur donneront la confiance voulue pour enclencher dès maintenant les calculs techniques et la construction, jumelés à une participation fédérale-provinciale raisonnable. 
Pour améliorer la qualité de vie des Canadiens et guider notre économie dans la bonne voie, il faut aussi s'attaquer à la crise du logement qui sévit au Canada.
Des logements sûrs et abordables sont le fondement de collectivités compétitives où il fait bon vivre. Pourtant, aujourd'hui, un locataire sur cinq doit consacrer la moitié de son revenu à ses frais de logement, et 1,5 million de ménages ne trouvent pas de logement convenable à leurs moyens. 
Les élus municipaux sont formels : ils ne pourront pas bâtir le Canada de demain si cette crise n'est pas résolue. Ils ont donc conçu un plan pour la désamorcer. Le gouvernement fédéral prévoit 21,9 milliards de dollars pour les infrastructures sociales. Sa première tâche exige une décision courageuse, celle de consacrer une grosse tranche de cette somme, 12,6 milliards de dollars plus précisément, pour protéger les logements sociaux actuels et construire plus de logements abordables.
À ces deux grands défis s'ajoute également la lutte contre les changements climatiques.
Lorsque l'Accord de Paris est entré en vigueur en octobre dernier, le monde s'est rapproché plus que jamais d'une action concertée pour contrer les émissions de GES. Mais les messages envoyés par la nouvelle administration américaine ébranlent les débats internes déjà ardus dans de nombreux pays. Dans ces circonstances, le Canada aura l'occasion d'affirmer son leadership mercredi.
Les municipalités ont de l'influence sur la moitié des émissions de gaz à effet de serre du pays. Elles adoptent sans cesse des solutions novatrices qui font figure de modèles : parcs de véhicules verts, améliorations écoénergétiques des bâtiments, innovation dans les transports collectifs. L'une des voies les plus prometteuses pour réduire les émissions de gaz à effet de serre est d'étendre ces solutions vertes locales à l'échelle nationale.
L'auteur, Clark Somerville, est président de la Fédération canadienne des municipalités