Le bonheur est dans l'entrepôt?

L'avent est officiellement amorcé avec tout ce qui vient avec : magasinage compulsif, avalanche de partys de Noël et préparatifs en vue de réunions familiales. Tout cela a bien sûr un but très louable, nous voulons être heureux et gâter nos proches.
Cependant, un questionnement vient à l'esprit : et si cette volonté cachait un grand paradoxe : est-ce qu'en achetant plus, nous tentions d'acheter notre bonheur ? Avec notre conception nord-américaine du bonheur, nous sommes tous attirés vers les nouveaux gadgets, la nouveauté qui implique d'acheter toujours plus. Et si cette année on essayait autre chose et on faisait preuve de sobriété matérielle et de responsabilité ?
La clé du succès est assez simple et même profitable. Si Noël est un temps de partage, rien ne nous empêche de consommer différemment, de consommer mieux. Prendre garde à l'accumulation serait un premier conseil. C'est pratiquement inévitable, vous recevrez des cadeaux non désirés comme une deuxième cafetière. En plus d'e vous être inutile, elle deviendra rapidement encombrante. À grande échelle, la note environnementale de ces accumulations augmente.
Les statistiques le démontrent, nous accumulons de plus en plus. De 1980 à aujourd'hui, la grosseur d'une maison moyenne est passée de 1075 à 1900 pieds carrés. Mais trop souvent nos garages sont remplis de cafetière ou de meubles qui pourraient être donnés ou revendus. Une fois, le garage et le sous-sol remplis, plusieurs personnes se rabattent sur l'entreposage. Pour le moment, nous ne disposons pas de statistiques claires sur l'industrie de l'entreposage au Canada. Cependant, aux États-Unis, 1 Américain sur 10 loue de l'espace d'entreposage à l'extérieur de chez lui.
Ces plus grosses maisons et ces entrepôts doivent être construits, chauffés et occuper un espace toujours plus loin de nos centres-villes ce qui nous pousse dans le cercle vicieux de l'étalement urbain, de la surconsommation d'énergie. L'empreinte environnementale est facilement quantifiable. Prendre le temps de retourner certains objets reçus en double, s'assurer que son cadeau est réellement désiré n'apparaît plus si bête après coup.
Le deuxième conseil se rapporte aux moyens utilisés pour faire vos emplettes des fêtes. Pour une raison ou une autre, nombre d'entre nous effectuons nos achats en ligne. En 2015, 75 % de ces achats ont été faits auprès de commerçants situés en dehors de la province. 
D'un point de vue économique, au Québec, cette pratique représente 8 milliards $ qui ne sont pas réinvestis auprès d'entreprises et d'artisans locaux. C'est donc ici qu'apparaît le concept de consommation responsable. Cependant, rien n'empêche d'économiser du temps en magasinant en ligne tout en encourageant les commerces de la région. Pour votre information, la Société d'aide au développement de la collectivité (SADC) de Papineau a mis en ligne un site web regroupant tous les commerces de la région de l'Outaouais qui vendent en ligne (https://outaouais.acheterici.ca/). Rien de plus facile !
Au regard de ces constats, pourquoi ne profiterions-nous pas du temps des fêtes pour réfléchir sur ces gestes qui apparaissent anodins, mais qui contre toute attente pèsent lourd sur l'environnement ? Bref, il existe une panoplie de pistes à explorer afin de vivre un Noël douillet plutôt que clinquant, nous verrons bien ce qui en ressortira. Qui sait, peut-être y trouvera-t-on le bonheur dans le détour ?
L'auteur, Benoit Delage, est directeur du Conseil régional en environnement et développement durable de l'Outaouais (CREDDO)