Depuis de nombreuses années, février est le Mois de l’histoire des Noirs et depuis 2008, le Mois du patrimoine de l’Ontario français.

L'avenir incertain de l’ancienne école Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa

OPINION / Le mois de février est reconnu comme étant le Mois du patrimoine. L’organisme national Héritage Canada — aujourd’hui Fiducie nationale du Canada — avait proposé en 1973 que le troisième lundi de février devienne la Journée nationale du patrimoine. En Ontario cette Journée du patrimoine est dorénavant célébrée le troisième mardi du mois depuis que le gouvernement de la province décrétait que le troisième lundi serait le Jour de la famille. En 1986, la province d’Ontario déclare que la troisième semaine de février deviendrait la Semaine du patrimoine ontarien. Enfin, depuis de nombreuses années, c’est aussi le Mois de l’histoire des Noirs et depuis 2008 le Mois du patrimoine de l’Ontario français.

Le mois du patrimoine en Ontario français débute cette année avec incertitude quant à l’avenir de l’édifice de l’ancienne école Saint-Jean-Baptiste d’Ottawa dans le quartier centre-ville ouest. En effet, le Comité des finances et du développement économique de la Ville d’Ottawa a décidé tout récemment de recommander au conseil municipal de céder le bâtiment dont il est propriétaire à un organisme de santé pour un montant symbolique de 1 $. Le conseil municipal doit encore donner son accord avant que la transaction soit officialisée.

Si, de prime abord, on peut être soulagé d’apprendre que l’ancienne école ne sera pas mise sur le marché et vendue au plus offrant, des questions persistent quant à son avenir après son retrait du parc immobilier municipal. Aucune garantie pour le moment n’assure la préservation du bâtiment, dans son intégralité ou en partie, même si celui-ci se trouve sur la liste de référence des biens à valeur patrimoniale et du registre du patrimoine de la municipalité. On ne connait pas non plus les plans d’avenir du nouveau propriétaire.

Déjà 4 millions $ ont été dépensés par la Ville d’Ottawa en rénovation de 2017 à 2019.

C’est Ottawa qui est propriétaire de l’école de trois étages depuis sa fermeture en 1977, au moment où les fermetures d’écoles de langue française dans le centre-ville se multipliaient en raison de la migration des élèves vers les banlieues. Une transformation de l’école en logements abordables était prévue, mais ça ne s’était pas matérialisé. L’ancienne école a plutôt servi de centre communautaire, hébergeant une pléiade d’organismes sociaux et locaux.

Par un coup de chance, l’intégrité de l’édifice a été conservée à l’extérieur et même à l’intérieur. L’année de construction n’est pas connue avec exactitude, mais il semblerait qu’une école de langue française s’y trouve depuis au moins l’année 1887. À n’en point douter, l’imposante ancienne école en pierres calcaires est un édifice à l’architecture remarquable du patrimoine scolaire franco-ontarien et l’un des plus anciens de la région d’Ottawa. Sur sa façade, l’inscription « École Saint-Jean-Baptiste » est encore bien visible.

Plus encore, comme ce fut le cas des écoles Guigues et Brébeuf, l’école Saint-Jean-Baptiste a été le théâtre de l’épique lutte au Règlement XVII (1912-1927). C’est autour de cette école, l’une des plus populeuse de langue française d’Ottawa de l’époque, que les Franco-Ontariens ont résisté avec succès à l’interdit provincial d’enseigner en français.

Autrefois compté par dizaines, de ces écoles du Règlement XVII, il n’en subsiste que six dans la région d’Ottawa, dont l’ancienne école Saint-Jean-Baptiste, la seule qui soit construite uniquement en pierres. La congrégation des Frères des Écoles chrétiennes y ont dispensé l’enseignement jusqu’aux années 1960.

Annuellement, le mois du patrimoine en Ontario français a pour but de célébrer le riche patrimoine franco-ontarien et de le mettre en valeur. En revanche, si la présence tangible et matérielle quatre fois centenaire des francophones continue de s’effacer en Ontario, comment la prendre au sérieux à la prochaine crise linguistique lorsqu’elle brandira son enracinement profond et durable ?

La démolition de l’ancien édifice de l’école Saint-François d’Assise d’Ottawa en 2016 ou l’école Christ-Roi d’Hawkesbury disparue en 2017 sont des exemples récents de pertes patrimoniales franco-ontariennes.

L’ancienne école Saint-Jean-Baptiste sert à nouveau d’exemple de la fragilité du patrimoine franco-ontarien. Une désignation patrimoniale assurerait une certaine protection pour les générations futures. La responsabilité municipale ne doit pas s’arrêter simplement parce qu’elle cède généreusement une de ses propriétés patrimoniales.

Désignations patrimoniales

Lors d’une recherche récente dans les données de la Ville d’Ottawa, nous nous sommes aperçus que des bâtiments historiques liés à l’histoire franco-ontarienne n’étaient toujours pas inscrits dans le Registre du patrimoine de la ville, institué en 2016 : par exemple, l’église Saint-François d’Assise, la Bibliothèque Morisset, l’édifice de l’ancienne École normale/Pavillon Hagen, le bâtiment de l’ancienne école secondaire André-Laurendeau, l’école secondaire De La Salle, l’ancienne église Marie-Médiatrice (Communauté chrétienne Saint-Frère-André), l’ancien couvent devenu la succursale Vanier de la Bibliothèque publique d’Ottawa. Un registre à suivre de près.

Jean Yves Pelletier,

Ottawa

Diego Elizondo,

Orléans