La préférence pour le français langue seconde a diminué légèrement depuis 2001, particulièrement chez les personnes de moins de 35 ans.

L’attrait du bilinguisme en léger recul

OPINION / Il y a 50 ans, le gouvernement fédéral a adopté la Loi sur les langues officielles, aux termes de laquelle il est tenu de servir ses citoyennes et citoyens en français ou en anglais. De nos jours, le bilinguisme officiel, comme politique gouvernementale, reçoit un large soutien du public. Certains signes indiquent toutefois que l’intérêt des Canadiennes et Canadiens pour ce qui est de tirer pleinement avantage de la dualité linguistique du pays semble se dissiper.

Selon le sondage phare de la Confédération de demain mené plus tôt cette année, 82 % des Canadiennes et Canadiens appuient le fait que le Canada ait deux langues officielles, ce qui signifie que toutes les citoyennes et tous les citoyens peuvent recevoir des services du gouvernement fédéral en français ou en anglais. 

L’appui est plus fort chez les francophones et les allophones, mais plus de trois anglophones sur quatre appuient aussi la politique. Huit immigrantes et immigrants sur 10 appuient le fait que le Canada ait deux langues officielles, et la même proportion d’Autochtones partage cet avis.

Qui plus est, le bilinguisme n’est pas seulement une politique gouvernementale, mais est aussi une qualité personnelle recherchée. Plus de trois Canadiennes et Canadiens sur quatre disent qu’il est important que leurs enfants apprennent à parler plus d’une langue. Presque toutes les Québécoises et tous les Québécois sont de cet avis, tout comme 70 % des Canadiennes et Canadiens vivant hors du Québec.

Lorsqu’on a demandé aux personnes qui croient qu’il est important que leurs enfants apprennent à parler une deuxième langue laquelle devrait être cette deuxième langue, les deux langues officielles du Canada sont les réponses de choix. Neuf francophones sur 10 disent que leurs enfants devraient apprendre l’anglais. Pour les anglophones qui ont indiqué qu’ils souhaitaient que leurs enfants apprennent une deuxième langue, 70 % ont dit que cette langue devrait être le français.

La préférence pour le français langue seconde a diminué légèrement depuis 2001, particulièrement chez les personnes de moins de 35 ans. En 2001, parmi les anglophones hors Québec âgés de 18 à 34 ans qui ont dit qu’il était important pour leurs enfants d’apprendre une deuxième langue, 75 % ont déclaré que cette langue devrait être le français; en 2019, cette proportion est de 61 %. La proportion de personnes qui ont indiqué une autre langue non officielle a augmenté, passant de 24 % à 37 %.

Ce qui est encore plus étonnant, toutefois, est le déclin de la proportion de Canadiennes et de Canadiens qui ont dit qu’il est important que leurs enfants apprennent une deuxième langue, quelle qu’elle soit. Parmi les anglophones, cette proportion a chuté, passant de 82 % en 2001 à 69 % aujourd’hui. Aussi, alors que les Canadiennes et Canadiens plus jeunes étaient auparavant plus susceptibles que les Canadiennes et Canadiens plus âgés de dire qu’il était important que leurs enfants apprennent à parler une deuxième langue, ce n’est plus le cas. Parmi les anglophones plus jeunes vivant hors Québec, 69 % d’entre eux pensent maintenant qu’il est important que leurs enfants apprennent à parler une deuxième langue, comparativement à 86 % en 2001.

D’une certaine manière, malgré le discours sur la mondialisation, l’économie du savoir et l’importance d’être capable de communiquer et de collaborer avec les autres cultures, moins de jeunes Canadiennes et Canadiens anglophones sont d’avis qu’il est important que leurs enfants maîtrisent toute autre langue que la leur.

Il importe de souligner les bonnes nouvelles. L’appui pour la politique sur le bilinguisme officiel demeure solide, et la plupart des Canadiennes et des Canadiens pensent qu’il est important que leurs enfants apprennent à parler plus d’une langue. 

Les deux langues officielles du Canada demeurent les langues secondes de choix, pour les personnes qui souhaitent que leurs enfants soient bilingues. Néanmoins, la conclusion selon laquelle une minorité croissante d’anglophones plus jeunes pense qu’il serait suffisant que la prochaine génération n’apprenne à parler qu’une seule langue mérite une réflexion.

Dans un monde de plus en plus interconnecté et où les connaissances sont au premier plan, les Canadiennes et les Canadiens devraient se démarquer. Le pays compte deux langues officielles, des institutions publiques francophones et anglophones ainsi que des forces en matière d’enseignement dans la langue de la minorité et d’enseignement de la langue seconde. Le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles offre un point de départ pour réfléchir sur le besoin de déployer davantage d’efforts pour veiller à ce que nos jeunes tirent pleinement parti du fait d’habiter dans un pays bilingue.

L'auteur est Andrew Parkin, directeur du Centre Mowat.