«Les incidents criminels impliquant des armes à feu ont bondi de 30 % à l’échelle nationale entre 2013 et 2016, tandis que les homicides par armes à feu ont augmenté de 60 %», rapporte Owen Charters.

L'arme à l'oeil

Brutal. En public. En plein jour. Ces mots sont de plus en plus utilisés dans l’actualité pour décrire la violence armée qui fait rage ces jours-ci.

Des fusillades ont lieu au beau milieu des terrains de jeu, et les enfants sont terrifiés. Tout cela glace le sang : à Ottawa, les jeunes sont plus que jamais armés. Ils font aussi preuve d’impulsivité. La capitale nationale a enregistré 32 fusillades en 2013... puis 74 l’an dernier. Pire encore, cette année, la ville a déjà atteint le nombre d’homicides reliés à des armes à feu de 2017.

Et cette tendance ne se limite pas à notre région.

Les incidents criminels impliquant des armes à feu ont bondi de 30 % à l’échelle nationale entre 2013 et 2016, tandis que les homicides par armes à feu ont augmenté de 60 %. Des municipalités telles que Toronto, Montréal, Surrey, Edmonton, Calgary, Regina, Ottawa et Halifax connaissent aussi une flambée de violence.

Fait inquiétant, l’augmentation de ce type de violence concorde avec une hausse des activités du crime organisé à l’échelle du pays.

Le rapport du Sommet sur la violence liée aux armes à feu et aux gangs par le gouvernement fédéral fait état de données plutôt sombres : depuis 2013, les meurtres liés au crime organisé ont doublé dans plusieurs grandes agglomérations canadiennes.

Les facteurs qui mènent à ce type de violence et au crime organisé sont aussi variés que complexes : conditions socio-économiques difficiles, besoins de base non comblés, éducation limitée, laxisme de la législation entourant le contrôle des armes à feu, etc.

Les autorités tentent d’améliorer la situation. Le gouvernement canadien vient de lancer un appel de demandes pour le Fonds de lutte contre les activités des gangs de jeunes, qui a pour objectif de réduire la violence juvénile. Il s’agit d’un prolongement de la promesse de 2017 de fournir un financement de 327,6 millions $ sur cinq ans pour faire la prévention des gangs.

Il faut toutefois être prudent avec les méthodes obsolètes. Après le Summer of the Gun de 2005, la Stratégie d’intervention contre la violence de Toronto a été mise sur pied… pour finalement cesser ses activités en 2017, après que les communautés se soient plaintes pendant des années du profilage racial et de la méfiance des policiers.

Avec la croissance de la violence armée et du crime organisé ressurgissent d’éternels débats : l’embauche d’un plus grand nombre de policiers, les écarts économiques, les lois entourant le contrôle des armes à feu… Ne nous mentons pas. Il est de plus en plus facile dans notre pays de posséder un fusil, et nous en constatons maintenant les conséquences.

Il est grand temps de repenser ces enjeux de société en donnant une voix à la jeunesse.

Selon plusieurs experts, l’implication des jeunes dans les interventions communautaires aurait contribué à diminuer la violence armée après le Summer of the Gun de 2005. Car oui, la génération Z (les enfants nés entre le milieu des années 1990 et le début des années 2000) est de plus en plus engagée dans sa communauté. Quatre-vingt-deux pour cent des répondants à un récent sondage de Global News ont affirmé se tenir informés de l’actualité, et plus de la moitié d’entre eux ont indiqué connaître les mouvements politiques et sociaux actuels. 

Même son de cloche aux États-Il est temps pour les adultes en position d’autorité d’arrêter de claironner toutes les réponses et de commencer à écouter la jeunesse. Nous ne pouvons pas nier que les membres de gangs de rue et les victimes de crimes armés sont de plus en plus jeunes. Mais il est important de souligner que les dirigeants de nos communautés le sont aussi.

Créons un espace où les jeunes pourront se faire entendre, exprimer leurs idées et prendre en main des projets afin qu’ils accomplissent ce que nous n’avons pas pu réaliser.

Ce geste pourrait faire la différence entre #PlusJamais et #AucuneChanceQueÇaSeReproduise.

L’auteur est Owen Charters, président et directeur général du Repaire jeunesse du Canada (Boys and Girls Clubs of Canada)