Langue maternelle de Statistique Canada : un concept dépassé

OPINION / Le poids démographique des francophones est en diminution en Ontario lorsque l’on se fit sur les données de Statistiques Canada. En chiffres absolus, les francophones sont passées de 550 000 en 2016 comme mesure de la première langue officielle parlée. En pourcentage de la population ontarienne le poids démographique est tombé de 4,1% en 2016 à 6,5 % en 1971.

À moins d’un renversement spectaculaire de la situation, soit par une hausse de la fertilité, une migration interprovinciale ou l’apport de nouveaux immigrants, ces chiffres continueront de chuter de façon continue dans les années à venir. Ces résultats sont souvent très négatifs pour les francophones de l’Ontario tant sur le désir gouvernemental de faire la prestation des services gouvernementaux que de la place et la visibilité du français au sein de la communauté tant francophone qu’au sein du groupe majoritaire. Tomber sous le seuil du 5 % de la population ontarienne occasionne des problèmes identitaires que du nombre critique afin de recevoir une offre active des services gouvernentaux.

Est-ce que les données recueillies reflètent vraiment la réalité franco-ontarienne et l’usage du français au quotidien ou dans l’environnement social ou professionnel?

Une très grande proportion de Franco-Ontariens se considèrent comme bilingues et pas nécessairement francophones. En effet, ils sont bien souvent de familles exogames et les deux langues officielles du Canada font partie de leur environnement quotidien. L’aspect identitaire francophone n’est pas le premier réflexe lorsqu’ils doivent répondre au questionnaire du recensement, mais plutôt leur capacité d’être fonctionnel en langue française. Il faut du temps à développer le réflexe identitaire francophone surtout lorsque la présence de francophone n’est pas dominante ou visible dans le quotidien des individus. Il devient encore plus difficile lorsque les francophones sont noyautés dans un grand centre urbain comme Toronto et qu’il n’existe pas un secteur ou une région qui a une concentration de personnes parlant français avec les institutions pour appuyer le développement et l’épanouissement des francophones.

Une solution pour les francophones au prochain recensement de Statistiques Canada est d’utiliser la définition d’un francophone tel que proposé par l’Office des affaires francophones : « les personnes pour lesquelles la langue maternelle est le français, de même que les personnes pour lesquelles la langue maternelle n’est ni le français ni l’anglais, mais qui ont une bonne connaissance du français comme langue officielle et qui utilisent le français à la maison».

Une approche possible afin de bonifier la définition de francophone est d’ajouter si les individus communiquent ou interagissent dans leur milieu de travail en français. L’élargissement de la définition de francophone a pour objectif de mieux tenir compte de la réalité franco-ontarienne et de valoriser la langue française au sein de l’Ontario et auprès des individus et des entreprises. Lorsque les chiffres sont favorables aux francophones, ont valorisé l’apprentissage du français, la prestation des services et surtout son importance par rapport aux autres langues en usage en Ontario.

Mais surtout, il faut aussi donner espoir et un sentiment de valorisation du français auprès des francophones, les bilingues et les francophiles afin de développer une approche positive du français en Ontario.

La langue française n’est pas uniquement un outil de communication, mais un élément identitaire et pour y arriver, il faut démontrer son importance, son utilité et son poids dans la réalité économique et sociale ontarienne.

D’aucuns critiqueront le changement proposé. Toutefois, les données officielles sont celles utilisées pour financer entre autres les services gouvernementaux, dont les garderies, les services de santé et les dépenses gouvernementales. Si les francophones veulent une offre active des gouvernements, il faut un nombre d’individus parlant français afin au départ de justifier la logistique administrative. Lorsque le nombre est moindre, c’est l’argument utilisé pour réduire voire éviter de faire la prestation de services gouvernementaux ou du secteur privé.

L’avenir des francophones en dépend soit pour justifier les modifications législatives à la Loi sur les services en français et un jour, l’enchâssement de leurs droits constitutionnels.

Gilles LeVasseur,

Professeur de gestion et de droit,

Université d’Ottawa