Le pape François propose une synthèse de ses grandes préoccupations envers l’Amazonie. 

L’Amazonie bien-aimée du pape François

OPINION / L’exhortation apostolique post-synodale sur l’Amazonie, Querida Amazonia, « Chère Amazonie », commence ainsi : « L’Amazonie bien-aimée se présente au monde dans toute sa splendeur, son drame et son mystère ». En 111 numéros, le pape François propose une synthèse de ses grandes préoccupations envers l’Amazonie : justice, dialogue, liberté, écologie, inculturation, mission. Ce qui se vit dans cette région spécifique du monde a des répercussions sur la planète, car « tout est lié ».

Le texte se présente comme une lettre d’amour, au ton dramatique, où les citations de poètes sud-américains abondent, ce qui est peu fréquent dans un document romain : « Ces poètes contemplatifs et prophétiques nous aident à nous libérer du paradigme technocratique et consumériste qui détruit la nature et qui nous laisse sans existence véritablement digne ».

Le Saint-Père, dans un dialogue constant avec la culture amazonienne, partage son espérance en quatre grands rêves, à la manière d’un Martin Luther King : social, culturel, écologique et ecclésial.

«Je rêve d’une Amazonie qui lutte pour les droits des plus pauvres, des peuples autochtones, des derniers, où leur voix soit écoutée et leur dignité soit promue.

Je rêve d’une Amazonie qui préserve cette richesse culturelle qui la distingue, où la beauté humaine brille de diverses manières.

Je rêve d’une Amazonie qui préserve jalousement l’irrésistible beauté naturelle qui la décore, la vie débordante qui remplit ses fleuves et ses forêts.

Je rêve de communautés chrétiennes capables de se donner et de s’incarner en Amazonie, au point de donner à l’Église de nouveaux visages aux traits amazoniens.»

Ne pas cléricaliser

À la surprise de plusieurs, le pape ne retient pas la possibilité de l’ordination d’hommes mariés pour l’Amazonie. Pour lui, l’objectif ne se réduit pas à une plus grande présence des ministres ordonnés qui peuvent célébrer l’Eucharistie, mais d’insuffler une nouvelle vie dans les communautés, de favoriser un élan missionnaire créateur, de nouveaux services assumés par les laïcs.

« Nous devons promouvoir la rencontre avec la Parole et la maturation dans la sainteté à travers des services laïcs variés qui supposent un processus de préparation – biblique, doctrinale, spirituelle et pratique – et divers parcours de formation permanente ».

Même constat pour le diaconat féminin. L’évêque de Rome invite plutôt à sortir d’une approche cléricale qui pense l’Église qu’en termes de structures fonctionnelles.

« Ce réductionnisme nous conduirait à penser qu’on n’accorderait aux femmes un statut et une plus grande participation dans l’Église seulement si on leur donnait accès à l’Ordre sacré. Mais cette vision, en réalité, limiterait les perspectives, nous conduirait à cléricaliser les femmes ». Il reconnaît l’apport unique des femmes dans cette région du monde, et leur ouvre cette porte : « Dans une Église synodale, les femmes qui jouent un rôle central dans les communautés amazoniennes devraient pouvoir accéder à des fonctions, y compris des services ecclésiaux, qui ne requièrent pas l’Ordre sacré et qui permettent de mieux exprimer leur place ».

Chemins d’humanisation

En concentrant son regard sur les questions propres à l’Amazonie, entourée par neuf pays, François s’indigne contre les intérêts colonisateurs qui charrient tant d’injustices et de cruautés. Il invite à construire des réseaux de solidarité et de développement qui respectent les religions traditionnelles et leurs rituels. Il balise des chemins pour une écologie intégrale qui n’oublie pas les pauvres, qui favorise l’épanouissement des cultures au service de la contemplation. Il rêve d’une Église missionnaire à visage amazonien qui concerne tout le peuple de Dieu, qui élargit des horizons au-delà des conflits, car cette terre est aussi la nôtre.

En conclusion, il se tourne vers Marie, « Mère de la vie », et nous invite à la prier pour qu’elle règne « dans le cœur palpitant de l’Amazonie » et dans ses pauvres, ses enfants abusés, la nature blessée : « Mère au cœur transpercé […] Règne pour que personne ne se sente plus jamais maître de l’œuvre de Dieu ».

On reconnaît dans cette exhortation le ton libre et tonifiant du pape François, avec un sens aigu du discernement, même si pour certains il ne va pas assez loin sur la question des ministères dans l’Église. Il montre surtout que, pour les croyants, l’Amazonie est « un lieu théologique, un espace où Dieu lui-même se montre et appelle ses enfants ».

L'auteur du texte est Jacques Gauthier de Gatineau.