Le projet de loi sur la laïcité du gouvernement Legault, « en isolant Montréal du reste du Québec et en divisant les Québécois entre eux, apparaît comme boiteux, partiel, inéquitable et très difficile d’application », souligne l'auteur.

Laïcité: il faudra des modifications

OPINION / En annonçant son projet de loi sur la laïcité le gouvernement de la Coalition avenir Québec avait ajouté au texte : « Se ressembler pour une avancée historique ». Au départ il semblait utile, d’affirmer clairement pour tous la neutralité religieuse de l’État. Il y avait eu des années de débat et des tentatives avortées pour apporter des solutions à des inquiétudes identitaires légitimes. Des difficultés à réagir à des demandes d’accommodements avaient créer des tensions. À l’occasion, on a eu des débats sur des visages voilés, des vêtements ou des signes religieux.

C’était un moment en or pour apprendre à connaître et à mieux bénéficier des talents et connaissances de personnes provenant de divers pays. Un partage facilité par l’usage largement accepté maintenant d’une langue commune. Mais ce qui s’annonçait comme un projet normal et raisonnable devra être modifié rapidement avant que ce projet crée plus de problèmes qu’il n’en règle. 

L’incohérence des applications prévues remet en question les beaux principes évoqués. Les recommandations du rapport Bouchard-Taylor auraient amplement suffi à nous faire faire un pas significatif en évitant le port d’insignes religieux par les personnes qui exercent l’autorité coercitive de l’État : juges, policiers et gardiens de prison. En ajoutant le secteur de l’éducation et surtout en y traitant les personnes qui y travaillent de différentes façons, on vient remettre en question la justification et la gestion de l’application de la loi. L’éducation est malheureusement le talon d’Achille de ce projet. 

En premier lieu, on comprend que la loi se limiterait aux seuls secteurs publics primaire et secondaire et viserait surtout dans les faits le port du voile chez les futures enseignantes ou par les nouvelles directrices des écoles. À moins de changer d’école ou de statut, l’emploi serait heureusement protégé. Les autres professionnels dans ces écoles et les élèves sont exemptés. 

Les écoles privées largement subventionnées ou à caractère religieux ne sont pas couvertes. Le collégial et le secteur universitaire pas plus que celui de la santé n’est touché ni l’administration courante du gouvernement. 

Pour la question du visage voilé on se limite à préciser bien timidement que les services publics doivent être donnés ou reçus à visage découvert, « lorsque la vérification de l’identité ou la sécurité l’exigera ». De plus ce projet , en isolant Montréal du reste du Québec et en divisant les Québécois entre eux, apparaît comme boiteux, partiel, inéquitable et très difficile d’application. L’intégration va surtout passer par la qualité de notre accueil, la langue et le travail. «L’avancée historique » désirée va exiger des modifications.

L'auteur est Denis Carrier, Gatineau.