Simon Jolin-Barrette, ministre québécois de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion, et François Legault, Premier ministre

Laïcité de l’État: c’est de l’inclusion, ça?

OPINION / Au Québec, le ministre de l’Immigration, de la Diversité et de l’Inclusion a déposé un projet de loi afin d’assurer l’entière laïcité de l’État.

Je ne prétendrai jamais tout comprendre de la question mais je m’en pose.

Ces enseignantes et éducatrices qui portent le hijab qui devraient, si le projet de loi ne comprenait pas une clause «grand-père», renoncer à leur religion ou à leur emploi, elles devraient faire quoi? Retirer leur couvre-tête ou retourner dans le fin fond de leurs demeures, isolées de tous...

C’est de l’inclusion ça?

N’est-il pas plutôt temps de s’éduquer et de mieux comprendre les cultures d’autrui? Je ne parle pas ici de permettre un couteau dans la poche de l’un ou d’un voile intégral...je parle de ne pas isoler et ostraciser une partie de la population (majoritairement féminine tiens) sur la simple base d’un couvre-tête!

Le monde change. On clame haut et fort le droit à ci, la liberté de ça… mais on retire un droit à une partie de la population parce que, désespoir, on va « finir par se faire envahir et assimiler ». Tiens, n’est-ce pas un peu ce que les colonisateurs ont fait à leur arrivée ici? Et puis, est-ce que le Québécois pure laine est vraiment en danger de disparition?

Certains diront, « ouais mais, la sécurité de ces femmes t’en fais quoi? »

Bon d’accord, il est possible (pas nécessairement probable) qu’elles se fassent étrangler par leur foulard. Elles pourraient également se faire attaquer à l’aide de mains, une arme à feu, un couteau ou n’importe quel autre objet à la disposition d’un attaquant. Savez-vous qu’il existe plus d’une manière de porter le traditionnel hijab? Savez-vous qu’il n’est pas obligé d’être long et « pendant »?

Je ne suis pas religieuse. Je n’adhère à aucune forme d’endoctrinement religieux. Cependant, je ne vais pas refuser à toute une génération de Québécois le droit d’apprendre et d’être éduqué à propos des religions (non, je ne dirai pas LA religion). Pourquoi? Parce que je crois que pour comprendre le monde dans lequel on vit, il faut comprendre ses peuples, ses cultures, ses coutumes et tout ce qui vient avec. La peur de l’autre ne mène à rien.

On prône l’inclusion. On souhaite défendre un idéal d’intégration. Mais on rejette du revers de la main tout ce qui n’est pas identique à « nous ». La peur de l’autre finira pas nous isoler du reste du monde. On peut se faire respecter tout en étant ouvert aux autres. Vous n’avez qu’à regarder nos enfants. Ils ne voient pas la couleur de peau, n’entendent pas les accents et ne réagissent pas devant un foulard. Ils voient des humains, parlent à des personnes et admirent un vêtement.

En fait, la laïcité de l’État devrait signifier que l’État et ses employés ne font pas la promotion d’une religion ou d’une autre. Les interactions avec le public devraient être neutres et éviter d’être empreinte de toute partialité. Ce n’est pas un couvre-tête retiré qui assurera cette laïcité. Cela devrait également signifier que le lobby religieux n’a pas l’oreille du gouvernement. C’est un changement de culture dont on a besoin. Si leurs signes religieux sont interdits, les nôtres devraient l’être également, incluant le crucifix de l’Assemblée nationale.

Stephanie Powers, Gatineau