Si vous consultez les journaux des semaines et des années précédentes, vous y trouverez rapportés des dizaines et des dizaines de meurtres et de cas de violence extrême dont sont victimes les femmes.
Si vous consultez les journaux des semaines et des années précédentes, vous y trouverez rapportés des dizaines et des dizaines de meurtres et de cas de violence extrême dont sont victimes les femmes.

La violence envers les femmes ne doit pas faire partie de l’ordinaire de la vie

OPINION / Le 18 décembre 2019, le premier ministre François Legault annonçait qu’il avait confié à la ministre responsable de la Condition féminine le mandat de coordonner un plan d’action contre la violence conjugale. Cette annonce faisait suite au dernier cas de violence contre une femme rapportée dans les médias, celui de Khaoula Grissa, agressée pendant plus de deux heures par son ex-conjoint. Et ce cas était précédé quelques jours auparavant par celui de Dahia Khellal, tuée avec ses deux enfants, vraisemblablement par son ex-conjoint.

Si vous consultez les journaux des semaines et des années précédentes, vous y trouverez rapportés des dizaines et des dizaines de meurtres et de cas de violence extrême dont sont victimes les femmes. C’est sans compter les agressions de toutes sortes, qui sans faire la une, marquent durablement les femmes qui les subissent, que ce soit à la maison, dans les transports publics, sur les lieux de travail, dans les média sociaux, etc.

Cette annonce du premier ministre, dont il faut saluer la sensibilité et la capacité d’agir, aurait dû être la nouvelle du jour parce qu’elle concerne la moitié de la population du Québec. De plus, c’est peut-être enfin la fois où un plan d’action débouchera résolument sur des actions concertées et vigoureuses pour contrer la violence envers les femmes. Mais cette annonce ne fit pas la une, ne fut pas commentée abondamment dans les différents médias. Loin de là.

Ce jour-là, j’écoutais l’émission Mordus de politique. Le sujet était abordé par Françoise David et Jacques Dupuis, qui tenaient des propos extrêmement intéressants. Ils ont été abruptement interrompus par Sébastien Bovet pour passer au point de presse, peu intéressant, du premier ministre Justin Trudeau à la suite du plaidoyer de culpabilité de SNC-Lavalin. Cette affaire avait abondamment marqué l’actualité de la dernière année. Pourtant, le problème de la violence envers les femmes est fondamentalement plus important. À mon souvenir, cette annonce de plan d’action ne fut pas non plus abordée à l’édition de ce jour de l’émission 24/60.

Je cite ces exemples pour montrer que la violence envers les femmes, une aberration dans une société avancée comme la nôtre et une tache inacceptable à notre humanité, apparaît néanmoins considérée comme faisant partie de l’ordinaire de la vie, comme une fatalité avec laquelle il faut composer, sans plus.

Composer, c’est notamment mettre en place des refuges pour femmes victimes de violence conjugale. C’est très bien, c’est nécessaire et il en faudrait plus avec davantage de ressources mais elles ne peuvent mettre fin à l’horreur, d’autant plus que la violence envers les femmes n’est pas que conjugale. Notre objectif devrait être de faire en sorte que ces refuges ne soient plus nécessaires.

Les responsables de cette violence, ce sont des hommes, mais pas tous comme voudrait le laisser penser un certain discours extrême qui voit un violeur potentiel en chaque homme, ou encore le discours facile ou politiquement correct qui hésite à préciser qui sont les hommes en cause, s’attardant plutôt à des problématiques masculines générales. Bien sûr, il y en a, comme le soulignait Mario Dumont dans un article récent, mais c’est une autre histoire.

Ce qu’il faut voir, c’est qu’au cours des 50 ou 60 dernières années, un progrès majeur et enviable a été réalisé par la société québécoise en matière d’avancement de la condition féminine. Les hommes québécois ont très majoritairement emboîté le pas et ont progressé constamment dans l’intégration de l’égalité homme-femme dans tous les aspects de la vie. Le regard sur les femmes et le vivre ensemble de ces hommes de la génération des baby-boomers ne sont pas les mêmes que ceux de leur père. À chaque décennie, il y a eu progression et transmission des changements à la génération suivante et le processus continue. Bien sûr, il reste du chemin à faire, notamment un équilibre à trouver dans la relation d’égalité, par plusieurs hommes mais aussi par plusieurs femmes.

Mais le problème n’est pas là. Existaient, existent encore et continueront d’exister des individus handicapés par diverses problématiques et enclins à la violence. Les causes sont complexes et nécessitent des actions pour les aider. En attendant cependant, il importe de les empêcher de nuire. À commencer par des mesures pour barrer à la source les messages vulgaires, grossiers et haineux dans les médias sociaux. La liberté d’expression n’est pas absolue, n’en déplaise à tous les trolls de ce monde. Rien ne légitimise ni n’excuse la violence envers les femmes : ni religion, ni atavisme, ni mœurs, ni éducation, ni enfance difficile, ni situation de rupture, rien !

Je fais donc le souhait que le mandat de la ministre responsable de la Condition féminine ne s’attarde pas seulement à la violence conjugale mais à la violence envers les femmes sous toutes ses formes, et que le plan d’action dont elle a le mandat de coordination avec ses collègues débouche d’abord et avant tout sur des mesures pour empêcher les hommes violents de sévir.

Je fais aussi le souhait que cette inhumanité qu’est la violence envers les femmes reçoive une attention quotidienne de la part des élus politiques, de la part de tous les médias et de la part de tous les hommes québécois de bonne volonté. C’est par une mobilisation de tous pour dénoncer et agir que nous deviendrons une société exempte de cette violence. Cet objectif ne devrait-il pas être le plus grand que nous devrions poursuivre, pour le bien de toutes ces femmes qui sont les compagnes, les amies, les sœurs, les filles, les nièces et les petites filles de chacun et chacune d’entre nous !

En ce début d’année 2020, faisons-en notre projet de société !

Gilles Bourget, Gatineau