Plusieurs s’accrochent à cette vieille idée qu’un nouveau pont réglerait les problèmes de congestion.

La «vieille» promesse

OPINION / On connaît la chanson quand vient le temps d’un calendrier électoral : « Il faut un nouveau pont ! » Avec l’approche d’une élection fédérale, certains futurs candidats proposent de construire un pont à l’est de Gatineau et même, d’en construire un deuxième à l’ouest de Gatineau.

Plusieurs s’accrochent à cette vieille idée qu’un pont réglerait les problèmes de congestion : il s’agit clairement d’une promesse qui réconforte la population face à leur dépendance à la voiture.

Plusieurs détails semblent toutefois leur échapper. Dans le cas de l’île Kettle, peu de personnes ne le savent, mais il s’agit d’une propriété protégée à perpétuité par l’organisme de bienfaisance Conservation de la nature Canada.

L’acquisition s’est faite via le gouvernement fédéral, qui assure une protection de terres dites écosensibles. Un statut de réserve naturelle en milieu privé a également été accordé à l’île en 2013 par le gouvernement du Québec en vertu de la Loi sur la conservation du patrimoine naturel. Bonne chance pour construire un pont sur cette trajectoire !

Deuxièmement, une étude sur le choix d’un corridor pour un futur pont en 2010 était menée par la firme AECOM et financée par les gouvernements de l’Ontario, du Québec et le fédéral. Après deux ans d’études, l’Ontario y a mis fin. Par la suite la ville d’Ottawa a rejeté cette option, choisissant plutôt un train léger et d’augmenter de façon significative les montants d’argent dévolus au transport actif.

Parallèlement, la Ville de Gatineau a investi dans le Rapibus et dernièrement, elle a augmenté de façon considérable le montant accordé au transport actif. Présentement, elle travaille à assurer un financement pour la construction d’un train léger vers l’ouest. Jamais au cours des 20 dernières années a-t-on étudié la possibilité de construire un pont vers l’ouest.

Ottawa ne veut pas de nouveaux ponts pour congestionner ses routes. La capitale a misé massivement dans son train léger pour réduire le trafic automobile. En réponse à la problématique des poids lourds au centre-ville, l’option privilégiée par le maire Jim Watson est intéressante : la construction d’un tunnel à quatre voies de 3,5 km qui relierait le pont Macdonald-Cartier à l’autoroute 417.

Finalement, ces ponts ne changeraient rien à la situation présente. En peu de temps, ils seraient bloqués comme les cinq autres qui traversent la rivière des Outaouais. La tendance est plutôt de réduire les infrastructures qui favorisent la dépendance à la voiture. Le vrai enjeu ici est que les gens veulent se rendre plus efficacement au travail. Un nouveau pont répondrait-il à ce besoin ? La littérature prouve que non. Le transport collectif peut réduire les déplacements de manière considérable tout en permettant à ses usagers d’économiser des sous, d’avoir une meilleure santé et de profiter de leur trajet pour relaxer.

Le monde a changé. Arrêtons de ressortir le rapport Gréber de 1949 ! À cette époque, les changements climatiques étaient loin d’être une urgence.

Depuis 10 ans, les gouvernements ont investi massivement dans le transport en commun et le transport actif pour régler les problématiques d’engorgement des centres-ville.

Nous encourageons donc les partis politiques à nous proposer des projets de transport en commun qui puissent faciliter les déplacements des citoyens et contribuer au développement de nos deux régions.

Aujourd’hui, le réflexe de base serait d’investir dans des infrastructures durables telles que le transport collectif pour réconforter l’automobiliste seul.

Nous devons être unis derrière un projet commun et arrêter de distraire la population avec de fausses bonnes idées. Le projet d’un train léger répondant aux besoins en transport des deux côtés de la rivière doit être la priorité de l’ensemble de la classe politique.

L'auteur est Marc Bureau, président du CREDDO