Près de 90 000 décès ont été dus à la rougeole en 2016.

La vaccination sauve des vies

OPINION / J’ai contracté la rougeole quand j’étais bébé. Ma famille a eu la frousse, mais sinon, j’ai eu de la chance. J’ai donc toujours été sensible à cette maladie très contagieuse qui, je l’apprenais plus tard, causait la mort d’environ 1 million de personnes mondialement, tous les ans, dans les années 1980. C’était l’équivalent de six Boeing 747 remplis d’enfants qui s’écrasent chaque jour ! Quel drame cette rougeole fut jadis ! Nous avons le devoir de nous en souvenir.

Quand j’ai commencé ma formation en médecine, on m’a informée que je devrais recevoir plusieurs vaccins, tant pour me protéger que pour protéger les patients que j’allais rencontrer. Évidemment, on accepte bien notre sort une fois admis en médecine. Si j’avais eu la rougeole, je n’avais jamais eu la rubéole ni les oreillons. Je devais alors recevoir le vaccin « RRO » et le vaccin contre l’hépatite B. Je n’ai donc pas eu ces autres maladies, pour lesquelles j’étais alors protégée. Au-delà de la chance, je dois assurément ma santé à certains choix de ma famille et de la société : la vaccination est l’un de ces choix qui est, selon moi, incontournable.

Depuis que je suis née, les vaccins ont fait en sorte qu’il n’y a plus personne qui contracte la variole et qu’il n’y a que de très rares cas de poliomyélite. Pour la rougeole, on la croyait quasi éliminée des Amériques. Mais, mondialement, en 2016, il y a eu près de 90 000 décès dus à la rougeole. Si l’on poursuit avec l’analogie d’un gros avion de ligne, c’est encore l’équivalent d’un Boeing 747 aux deux jours qui s’écrase. C’est un immense progrès par rapport aux six par jour des années 1980, mais on peut encore faire beaucoup mieux. Il ne faut pas laisser les épidémies évitables revenir en force.

Maintenant, je suis médecin spécialiste en santé publique et médecine préventive. Je fais face à plusieurs défis qui menacent notre santé à tous. Les changements climatiques font gagner du terrain aux maladies infectieuses dont on entendait peu parler auparavant : le Zika, le virus du Nil occidental, la maladie de Lyme, par exemple. Des chercheurs et spécialistes tentent de trouver des solutions optimales pour enrayer ces maladies et nous en protéger. Mais pour la rougeole, nous avons cette solution efficace, simple et peu coûteuse : la vaccination.

Nous avons collectivement choisi d’offrir l’accès gratuit à ce merveilleux moyen de prévention. La méfiance envers la vaccination est encore marginale. Nous savons que la vaccination sauve des vies, énormément de vies. À nous de célébrer cette victoire en cette Semaine mondiale de la vaccination.

L'auteure est Isabelle Samson, MD, Msc, FRCPC, présidente de l'Association des spécialistes en médecine préventive du Québec.