Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump rêvait de son propre empire médiatique.

La stratégie du gazouillage

OPINION / Nous sommes presqu’à un an des élections présidentielles américaines. Le candidat démocrate qui affrontera Donald Trump sera-t-il suffisamment habile pour déjouer la stratégie de communication du président? Celui-ci joue les victimes du désir de «l’impeachment » du Parti démocrate. Comme le dit l’adage : « La communication est le nerf de la guerre ».

Le président américain a exprimé à maintes reprise son hostilité envers la presse. Les réseaux ABC, NBC, CBS, FOX et CNN ont tous goutté au fiel présidentiel en conférence de presse. Pourquoi tout ce cirque? Il sait que les médias sont un outil d’influence sociale et qu’il n’en contrôle aucun. Donc, en s’attaquant constamment à la légitimité des médias, en les traitant de menteurs qui écrivent des « fake news », il espère les discréditer. On a qu’à se rappeler la conférence de presse, une semaine avant son investiture, il avait insulté chaque journaliste qui lui posait une question. Par la suite, son porte-parole a pris la relève en faisant l’éloge des « faits alternatifs ».

Lors de la campagne présidentielle, Donald Trump rêvait de son propre empire médiatique. Si Trump avait perdu contre Hillary Clinton, il aurait créé sa propre chaîne, Trump TV. Devenu président, Donald Trump a découvert qu’il peut avoir une forme de contrôle sur les médias, sans avoir à se compliquer la vie avec les formalités bureaucratiques pour créer sa propre chaîne de télévision. Les succès de ses tweets incohérents à 3 heures du matin l’on amené à poursuivre cette stratégie de communication. Car pour Trump, ces tweets jouent un rôle central dans sa stratégie médiatique contre les journalistes.

Son compte Twitter lui permet de manipuler le contenu des informations quotidiennes. Trump a parié sur le fait que ses messages abusifs sur le réseau social seront repris par les médias. Il a eu raison. Pour ne pas être en reste, les médias suivent chaque « gazouillis » et étale à pleine page cette télé-réalité politique qui est divertissante pour beaucoup de gens. Ainsi, il capte l’attention de la population. Parlez de moi en bien ou en mal, mais parlez de moi et surtout de ce que j’écris, pourrait dire Trump.

Les médias font leur chou gras des déclarations de Donald Trump contre tel ou tel personnage public. Ils craignent d’être éclipsés par les réseaux sociaux, qui réagissent toujours plus vite que les journalistes. Commenter les tweets de Trump, c’est une manière d’être toujours dans le plus « chaud » de l’actualité. Mais quand la presse donne le même poids à ses banalités ou à ses disputes sur Twitter, elle participe à sa propre délégitimation. Celle-là même que Trump cherche à imposer.

Donald Trump n’est pas aussi con que l’on croit. Il sait ce qu’il fait. Même si ses tweets sont impulsifs, puérils et mal écrits, sa stratégie médiatique fonctionne bien. Tous ses messages sur Twitter aident à créer une ambiance où la vérité est de moins en moins certaine. Certains font le parallèle avec le « novlangue » de George Orwell.

En donnant une importance aux histoires scandaleuses du président Trump sur Twitter, les médias contribuent à donner un caractère exceptionnel à des banalités. Il faut vraiment ne pas savoir quoi dire ou écrire lorsque les médias parlent des poignées de main que Trump donnait aux dirigeants des autres nations. Au moment où la population a le plus besoin des journalistes pour comprendre les enjeux de société, ceux-ci participent à la télé-réalité de Trump.

L'auteur du texte est Richard Lahaie, consultant en communication de Gatineau.