La source de la démocratie est intarissable

OPINION / Des analyses et commentaires du regain du populisme, véhiculé de l’extrême droite, un peu partout en Europe, en Amérique du Nord, en Amérique latine, se dégage un pessimisme qui semble annoncer la « mort » prochaine de la démocratie. Mais les sociologues classiques nous invitent à croire toujours en démocratie.

Émile Durkheim constate que la dignité humaine n’a pas toujours prévalu dans la réalité sociale, cependant l’individu a toujours eu le sens de sa dignité.

Pour Weber, l’être humain est un animal politique qui a de tout temps fait face à deux paradigmes de régime politique : 1) la démocratie qui cherche, par ses principes, le mieux à atteindre le respect de la dignité humaine; 2) le totalitarisme dont les principes sont contraires au premier système politique. La société est toujours le siège d’un mécanisme de rationalisation et d’une tendance à la hausse d’une demande individuelle sociale des valeurs de respect de la dignité humaine.

Goerg Simmel constate que cette demande est influencée par des contingences historiques qui déterminent ses avancées ou ses reculs. La démocratie n’a pas toujours existé. D’autres régimes possibles se sont réalisés et ont tendu à s’imposer un peu partout. Cependant, dès que les conditions de possibilité de la démocratie sont réunies à nouveau, les hommes y retournent en raison de ses principes. C’est ce qui expliquerait le regain de la démocratie en Europe de l’Est et sa forte demande ailleurs dans le monde dans la décennie 1990-2000.

Depuis le 11 septembre 2001, nous assistons à un « retour » du populisme et un certain regain de l’extrême droite qui remettent en cause les institutions de la démocratie. Certes, celle-ci est remise en cause et même menacée. Comme il est plus expédient de rechercher les facteurs historiques de la « non-démocratie » que ceux de la démocratie, on tend à oublier que la démocratie en tant que valeur est irréversible dans l’esprit et la sensibilité d’individus et de groupes. Il appartient à ceux-ci de s’engager dans un processus de réflexion collective pour reproduire un mouvement social capable de créer les conditions sociétales au retour ou la consolidation des institutions démocratiques. Car, comme le souligne si bien Winston Churchill: « La démocratie est la pire forme de gouvernement à l’exception de toutes les autres qui ont pu être expérimentées au fil de l’histoire ».

Autrement dit, malgré ses tares, la démocratie demeure quand même le moins mauvais des régimes politiques.

Yao Assogba,

Professeur émérite,

Université du Québec en Outaouais