La Soupière de l’Amitié vogue dans l’instabilité et est toujours à la recherche d’un « domicile fixe »

La Soupière de l’Amitié vogue dans l’instabilité

OPINION / La Soupière de l’amitié de Gatineau est un organisme communautaire à but non lucratif situé dans le quartier Notre-Dame à Gatineau l’un des quartiers de la ville le plus appauvri économiquement et où l’on dénote peu de réponses face aux besoins et réalités des citoyens du quartier.

Depuis plus de 30 ans, La Soupière offre tous les midis de la semaine des repas chauds et du soutien communautaire aux personnes en situation de précarité et contribue par le fait même à contrer l’exclusion et à briser l’isolement social... Mais l’organisme se retrouve encore une fois en situation de crise.

Le mois dernier, la Soupière s’est retrouvée à la rue. L’organisme a dû lui-même contacter le MAPAQ, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec, afin de dénoncer les conditions d’insalubrité de ses locaux loués et dont la gravité et l’urgence de la situation a été négligée par les propriétaires.

Plutôt que de respecter leur rôle et de remédier au problème de vermine de leur bâtiment, les propriétaires préfèrent chercher des coupables et les pointer du doigt. Ils ont servi à l’organisme et aux médias le même discours que les propriétaires privés aux locataires de taudis. Selon eux, le problème est dû au type de «clientèle» qu’accueille La Soupière dans leurs locaux, portant ainsi le blâme sur eux et contribuant directement à la stigmatisation des personnes en situation de précarité.

Ce discours inacceptable propagé dans les médias éloigne des enjeux réels, telles que les conditions de vie déplorables dans lesquelles les personnes rejointes par La Soupière se retrouvent parfois bien malgré elles.

Les logements insalubres et négligés par leurs propriétaires sont en effet une situation commune chez plusieurs locataires visés par ce type de commentaires. Malgré la médiatisation de ce discours, nuisible à la recherche d’un nouveau local, mais par-dessus tout, stigmatisant envers les citoyens du quartier fréquentant l’organisme, La Soupière a trouvé un local temporaire lui permettant de poursuivre minimalement sa mission de façon à maintenir son offre de repas à la population et ce, grâce à la solidarité de la communauté et au soutien de nos partenaires du quartier.

« Le quartier dans lequel la Soupière de l’Amitié effectue ses actions en est un où sévit une forte réalité de précarité. Cette situation est déjà accentuée par le manque flagrant de ressources appropriées, qui ne peuvent pallier à un manque d’accès à de la nourriture abordable et de qualité. En plus d’offrir des repas, la Soupière offre également un soutien parfois crucial aux personnes accueillies dans ses locaux. La situation actuelle est une atteinte aux droits de toute et tous d’avoir accès au nécessaire pour rester en bonne santé physique, mentale et sociale.

«Encore une fois, les préjugés tenaces affectent une communauté en entier, puisque c’est tout le quartier qui bénéficie d’une meilleure offre de service pour ses citoyen. L’instabilité vécue par les organismes communautaires de la région affecte directement, et de façon concrète, le quotidien des individus déjà les plus marqués par les inégalités sociales. » ajoute Janick Allyson, du Collectif régional de lutte à l’itinérance en Outaouais (CRIO).

La précarité ne touche donc pas seulement les citoyens, mais aussi les ressources ayant pour mission de leur tendre la main. La réalité est telle que les organismes qui s’occupent de personnes « démunies » se retrouvent souvent dans des situations tout aussi précaires que celles-ci en raison de leur sous-financement...

La Soupière de l’Amitié vogue dans l’instabilité et est toujours à la recherche d’un « domicile fixe »... Alors que l’équipe, dont plusieurs bénévoles, maintiennent l’organisme à bout de bras, il est temps d’oser la solidarité.

Mathieu Déziel,

Coordonnateur général,

La Soupière de l’Amitié de Gatineau