Selon l'auteur Charles S. Shaver, Gertrude Bourdon est pressentie pour être ministre de la Santé si les libéraux gagnent les prochaines élections.

La santé, la CAQ et l’Ontario

En cette période de campagne électorale au Québec, le désir de changement est perceptible. Toutefois, la meilleure façon d’y parvenir est-elle de remplacer le gouvernement libéral par la CAQ ?

Une des principales propositions de la Coalition avenir Québec consiste à rouvrir le contrat signé avec les spécialistes du Québec et à réduire les revenus de chaque médecin d’environ 80 000 $. La Dre Diane Francoeur, présidente de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, a mis en garde : « Nous ne voulions pas de conflit, il est toujours préférable de collaborer ». Elle a déclaré que les patients ont désormais un meilleur accès aux anesthésistes et que les médecins prévoient prolonger leurs heures de service pour l’imagerie médicale en milieu hospitalier.

Gertrude Bourdon a récemment demandé une augmentation du budget de la santé de l’ordre de 8 % et l’abandon du plan de réouverture des négociations avec les spécialistes ; après avoir essuyé un refus, elle s’est alors détournée de la CAQ et est désormais pressentie pour être ministre de la Santé si les libéraux gagnent les élections.

La position de la CAQ n’est pas sans rappeler celle du Toronto Star, qui tentait depuis plusieurs années, au nom de la « transparence », d’obtenir et de publier les noms des 100 médecins dont la facturation est la plus élevée en Ontario. Pourtant, comme l’a écrit l’ancien président de l’Association médicale de l’Ontario, « lorsque le gouvernement impose un prix bas à un service médical, cela ne veut pas dire que les patients obtiendront le même service médical que si le prix avait été différent. Si les médecins ne peuvent pas se permettre d’offrir tous les soins qu’ils souhaiteraient, alors ils procéderont à des ajustements ». 

S’il est vrai que les revenus bruts des médecins du Québec ont finalement dépassé légèrement la moyenne de ceux de leurs homologues des autres provinces, il convient de rappeler que, jusqu’à tout récemment, ils étaient les plus bas du Canada. Il y avait plusieurs effets prévisibles. Les vastes régions frontalières de l’ouest du Québec ont eu de la difficulté à attirer suffisamment de spécialistes et de médecins de famille. Une récente étude de l’IRIS a suggéré que le financement des soins de santé de l’Outaouais était inférieur de plus de 250 millions $ par an par rapport au reste de la province. Cela a poussé bon nombre de patients à se faire soigner à Ottawa, à Pembroke et à Hawkesbury.

Cependant, en raison des faibles honoraires payés par Québec, peu de médecins d’Ottawa ou du reste du Canada accepteraient une carte d’assurance maladie du Québec à titre de paiement intégral. Les patients traités de manière élective ou ceux ayant développé une maladie inattendue lors d’un voyage ou pendant leurs vacances devraient payer leurs soins de leur poche et attendre un remboursement partiel.

Le Québec a refusé de signer l’Entente de facturation réciproque des services médicaux (RMB) et le gouvernement fédéral a ignoré sa violation de la Loi canadienne sur la santé. 

Pendant des années, j’ai pensé que la seule solution pour le gouvernement d’Ottawa était de payer directement les médecins pour les soins prodigués à tous les patients hors province, comme il le fait déjà pour les prisonniers fédéraux et pour les réfugiés, et comme il le faisait jusqu’à il y a plusieurs années pour les membres de la Gendarmerie royale du Canada. J’ai suggéré qu’Andrew Scheer devrait instaurer une loi visant à établir un mécanisme pour ces paiements directs.

Une fois la parité des honoraires obtenue pour les médecins du Québec, j’avais le sentiment qu’une solution plus simple serait que le Québec signe l’entente sur le RMB. Cela donnerait certainement satisfaction à ceux qui pensent que les prestations de soins de santé doivent demeurer une compétence provinciale. Le premier ministre Philippe Couillard n’a pas encore émis de commentaire à ce sujet.

Si la CAQ remporte les élections et applique les réductions d’honoraires pour les médecins du Québec, cela aura des conséquences imprévues. Plus précisément, cette mesure rétrograde réduirait les chances du Québec de signer l’entente sur le RMB. Cependant, ses conséquences à long terme ne seraient pas confinées à l’ouest du Québec ; tous les Québécois resteraient des citoyens de deuxième classe lorsqu’ils voudraient se faire soigner ailleurs au Canada.

Je suis un fervent défenseur du système de santé universel canadien. Il couvre tout le monde, quels que soient les maladies préexistantes ou les récents changements de médicaments. Il est transférable pour les soins hospitaliers partout au pays. Pendant trois décennies, j’ai essayé de faire en sorte que les Québécois bénéficient également d’avantages médicaux entièrement transférables. Espérons que le premier ministre Couillard promettra, s’il est réélu, de signer l’entente sur le RMB et qu’il laissera un héritage de soins de santé transférables partout au Canada à tous ces concitoyens québécois.

L'auteur est Charles S. Shaver, MD, Ottawa.