Selon plusieurs, la région du Pontiac allait « très bien » avant la réforme du ministre de la Santé, Gaétan Barrette.

La santé dans le Pontiac, vue par une médecin

Je crois que les patients du Pontiac, tout comme chaque région du Québec, doivent bénéficier de soins de proximité dirigés par une gestion de proximité.

Le Pontiac est un exemple parfait de ce qui allait bien : nous connaissons nos patients et nos enjeux locaux ; notre communication était en mode ouverte, et nos méthodes de recrutement portaient fruit. Nous respections nos cibles budgétaires de plus que les cibles ministérielles et nous en étions fiers. Nous faisions preuve d’innovation avec un des premiers guichets d’accès à la clientèle orpheline de la province. En fait, tous les enfants en bas de 12 ans nés dans le Pontiac ont un médecin de famille… car nous les inscrivions au guichet avant leur naissance ! (Une pratique interdite depuis.) 

Nous avons créé une clinique de transition pour la clientèle orpheline qui attendait au guichet d’accès, dans le but de prévenir des visites à l’urgence. Et dans la vaste majorité des cas, ces patients se retrouvaient avec un médecin en moins d’un an. Cette initiative nous a valu un Prix d’excellence du ministère québécois de la Santé en 2010. Pour ce qui de l’attente aux urgences, nous nous sommes habitués à servir jusqu’à 40 % de nos visites en provenance des autres régions de l’Outaouais. Une autre initiative d’envergure, la mise en place du CLSC de Fort-Coulonge, nous a permis de rapatrier des millions de dollars par année en dépenses de soins de santé en Ontario.

La grande différence à l’heure actuelle, c’est que le Pontiac n’est plus géré par le Pontiac. Et les gens d’ailleurs ne connaitront jamais aussi bien le Pontiac que nous, nous puissions le connaître.

Mais n’est-ce pas la même chose un peu partout au Québec ?

Qui connaît mieux Alma que les gens qui travaillent à Alma ?

Qui connaît mieux Québec que les gens qui y œuvrent ?

Il est tout à fait légitime pour le gouvernement d’émettre des cibles en santé — nous en sommes tout à fait d’accord. Il est aussi tout à fait légitime d’émettre un cadre budgétaire à ces efforts. En réalité, le Pontiac invite le gouvernement à déployer pleinement une des cibles actuellement visées : les soins de proximité. Nous ne souhaitons pas mieux !

Depuis plusieurs années, nous réclamons des visites de spécialistes dans le Pontiac : urologie, gynécologie, orthopédie, oncologie. Pourquoi faire voyager des milliers de patients appauvris lorsque quatre ou cinq professionnels en santé pourraient se déplacer quelques fois par année pour les servir ? De plus, nous avons du temps au bloc opératoire pour accueillir ces spécialistes et pour faire opérer nos patients chez nous. Pourquoi leur demander d’aller encombrer un système déjà surchargé en milieu urbain, ou pire encore, dans d’autres milieux ruraux ?

Et pourquoi devoir faire appel à un « guichet d’accès » dans une autre région (Gatineau) au lieu de nous parler entre nous ? C’est l’équivalent de passer de nos téléphones intelligents au système téléphonique d’antan !

En réalité, les avis et les recommandations contenus dans le rapport Santé Outaouais 2020 me paraissent tout à fait légitimes. J’applaudis la volonté évidente du regroupement de participer à la reconstruction du réseau de la santé du Pontiac. Comme les CISSS actuels sont responsables pour la santé de tous leurs citoyens, il est essentiel qu’ils travaillent de façon étroite avec la communauté, et c’est ce que j’invite le CISSS de l’Outaouais à faire avec Santé Outaouais 2020.

Je ne peux m’empêcher de faire une analogie clinique : lorsqu’un patient vient me voir en salle d’urgence avec un mal de ventre, il l’explique à sa façon, et il participe ainsi à ses soins. Il ne peut pas toujours s’exprimer dans des termes médicaux, et encore, parfois il ne peut pas s’exprimer du tout. Toutefois, il nous appartient comme milieu de santé d’écouter tous nos patients attentivement et de les soigner très correctement, car après tout, c’est pour eux que nous sommes là.

Ce regroupement exprime une préoccupation très bien articulée — c’est au réseau de le remercier pour son dévouement, de se réjouir qu’ils partagent nos préoccupations et de le laisser nous aider à trouver les solutions pour atteindre nos objectifs communs.

L'auteure est Ruth Vander Stelt, Omnipraticienne au Pontiac depuis 1995.