Le premier ministre Doug Ford

La riposte de l’Ontario français à Doug Ford

OPINION / Dans tous les médias, les gens se demandent comment les Franco-Ontariens devraient réagir aux décisions du premier ministre ontarien, Doug Ford, d’abolir le Commissariat aux services en français de l’Ontario et de mettre fin au projet de l’Université de l’Ontario Français. Voici une proposition.

 D’abord, il faut reconnaître que Ford et ses ministres ont promis de maintenir l’Université et n’ont donné aucun signe qu’ils allaient abolir le Commissariat. Leur seule justification de dire Ford était de réduire le déficit budgétaire. Mais c’est un faux prétexte puisque les économies vont être minimes. Le gouvernement ne s’est même pas donné la peine d’en faire le calcul ! Ou préfère-t-il nous cacher la vérité ? 

Pour élaborer des ripostes possibles, il faut songer à des lignes directrices, des messages principaux et ensuite identifier des domaines précis d’action. 

Pour se faire, il faut se donner comme objectif de communiquer avec la grande majorité de la population et non pas tout simplement de se restreindre à la communauté franco-ontarienne. Les droits des minorités ne sont jamais acquis. Il faut toujours les promouvoir auprès de la majorité puisque les droits des minorités sont mieux protégés quand ils le sont par des représentants du groupe majoritaire. De plus, la protection des droits humains est dans l’intérêt de tous. Il faut donc continuellement répéter et insister sur ce thème. En bref, il faut se trouver des alliés. 

Quant aux moyens d’action, les procédures juridiques seront in fine probablement nécessaires et inévitables mais il faut qu’elles soient un complément à une mobilisation politique fébrile. 

Par où commencer? Certains alliés se sont déjà prononcés. Justin Trudeau et Mélanie Joly ont déjà dit que l’action du gouvernement Ford est une erreur et ils ont l’intention de faire pression pour la rectifier. Le support du gouvernement fédéral  n’est pas un mince appui. Il a déjà remis sur pieds le Fonds de contestation judiciaire, qui sert de support pour des revendications juridiques des minorités. 

Mais il faut remarquer que le chef du parti conservateur fédéral, lui qui pourrait influencer Doug Ford et qui doit faire face aux électeurs dans un an, s’en lave les mains en disant que tout ceci est de compétence provinciale. On n’a pas non plus entendu beaucoup venant du Nouveau parti démocratique de l’Ontario. La communauté franco-ontarienne doit faire un effort beaucoup plus soutenu auprès de l’Opposition officielle pour obtenir son appui public. 

Quelques députées franco-ontariennes libérales ont déjà proclamés qu’elles vont militer pour que le gouvernement Ford fasse marche arrière mais où est le reste du Parti libéral de l’Ontario? Il faut faire appel aux Québécois ainsi qu’au gouvernement du Québec ainsi qu’aux autres gouvernements provinciaux. L’enjeu est pancanadien. 

Il n’y a pas que les alliés politiques qu’il nous faut rallier. Il faut former des amitiés dans les autres couches de la population — des néo-canadiens, des autochtones — tous les groupes minoritaires qui se trouvent dans la même situation. Il faut aussi penser à chercher des alliés dans la société civile organisée, dans les médias sociaux, chez les universitaires et surtout dans les grands médias. Jusqu’ici on n’a pas entendu grand chose des grands journalistes nationaux, ou de la  CBC, ou du Globe and Mail. Le Citizen a fait de bons reportages sur le Commissaire mais rien sur l’Université de l’Ontario français.

Enfin, il y a la question de la mobilisation. Une des grandes forces de la communauté franco-ontariennes est ses organisations communautaires. La mobilisation a déjà commencé sous l’égide de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Les associations étudiantes, notamment la FESFO et le REFO, sont à l’oeuvre sur le terrain. Il faut surtout faire appel aux jeunes, à leurs leaders. Il faut aussi former avec les principaux intervenants un « Comité de la riposte » pour lancer et soutenir une mobilisation inclusive gigantesque des forces vives de la communauté pour entreprendre la lutte à finir qui s’en vient.  

Les auteurs du texte sont John Trent, vice-président et Gilles Ménard, trésorier de Dialogue Canada.