Le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a déclaré à plusieurs reprises que la stratégie de « pression maximale » menée par les États-Unis visait à obtenir un changement du comportement des mollahs.

La rhétorique du régime iranien vise à masquer sa crainte

OPINION / Les représentants de la République islamique d’Iran ne ménagent aucun effort pour donner l’impression qu’ils ne sont pas inquiets face à la montée de la pression internationale. Il suffit d’examiner de plus près le sous-texte de leurs déclarations publiques pour s’assurer qu’ils reconnaissent les graves menaces qui pèsent sur le régime théocratique.

Le Secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a déclaré à plusieurs reprises que la stratégie de « pression maximale » menée par les États-Unis visait à obtenir un changement du comportement des mollahs, ou en d’autres termes, à obliger la République islamique à agir « en pays normal ». Pour de nombreux observateurs, tant à l’intérieur de la République islamique que dans les milieux politiques occidentaux, cet objectif est pratiquement indissociable de la notion de changement de régime.

Les manifestations antigouvernementales qui se sont multipliées au cours de l’année résultaient d’un soulèvement national qui a débuté en décembre 2017. Ce mouvement de protestation se poursuit à ce jour, malgré les mesures répressives élaborées prises par les autorités du régime. Et il continue de s’émailler de certains des slogans les plus puissants contre la République islamique entendus en Iran.

Parmi ceux-ci des slogans comme « Mort au dictateur » et « Mort à Rohani ». À la fois contre le « chef suprême » du régime et son président, ces slogans montrent un rejet clair et simultané des deux factions du pouvoir décrit comme « extrémiste » et « réformiste ». En d’autres termes, ils expriment une demande croissante de changement de régime, fondée sur la reconnaissance du fait que l’infrastructure politique actuelle est conçue pour rendre impossible toute réforme véritable de l’intérieur du régime.

Les partisans d’un changement en Iran ont mis le régime théocratique face à ce qui pourrait être la menace la plus directe contre son pouvoir depuis les suites immédiates de la révolution iranienne en 1979. Et dans le contexte de cette menace, il n’est pas difficile d’imaginer l’inquiétude avec laquelle les mollahs observent la montée de l’opposition occidentale à leurs activités perverses, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Iran.

Le régime pourrait probablement survivre à une recrudescence de la pression interne s’il bénéficiait d’une sécurité obtenue grâce à la mansuétude et la complaisance des puissances occidentales et de la communauté internationale. Il est également concevable que le régime puisse résister à une pression étrangère accrue en temps de calme relatif à l’intérieur de ses propres frontières. Mais le régime ne peut espérer survivre à une augmentation de la pression des deux côtés, et ses responsables sont bien conscients de ce fait.

C’est pour cette raison que ces responsables semblent pris par une obsession croissante de projeter une image de force par des déclarations publiques vantardes, un renforcement hypothétique de moyens militaires et une campagne de propagande sur les questions étrangères et intérieures. C’est dans le contexte de cette obsession qu’Ali Chamkhani, président du Conseil suprême de la sécurité nationale iranien, a tenté de prétendre que la récente annonce par le Département d’État américain de la tenue d’un sommet sur les questions moyen-orientales revenait à un retrait de la stratégie de pression maximale.

« Quand quelqu’un (…) est réduit à la tenue de “séminaires et conférences”, cela signifie simplement qu’il a perdu le dessus sur ses épaules », a-t-il déclaré. 

Mais rien ne pouvait être plus éloigné de la vérité. 

Le prochain sommet, prévu les 13 et 14 février à Varsovie, en Pologne, offre à l’administration Trump et à ses partenaires mondiaux l’occasion de développer la stratégie de pression maximale en obtenant l’assentiment de tous les opposants et critiques de la politique de Téhéran.

En effet, tel est l’objectif déclaré par le secrétaire d’État Pompeo, qui a annoncé le sommet au milieu d’une tournée au Moyen-Orient, où il a expliqué comment une coalition d’opposition à l’influence de l’Iran compenserait pleinement les effets du retrait des troupes américaines de la Syrie. De nombreux commentateurs occidentaux se sont naturellement inquiétés des conséquences que ce retrait pourrait avoir sur le renforcement des positions de Téhéran et ses mandataires régionaux. Cette approche a certainement contribué à la rhétorique de Chamkhani et d’autres, mais une telle rhétorique ne survivra pas très longtemps si la communauté internationale répond de manière appropriée à l’appel à l’action lancé par les États-Unis.

Alors que la République islamique continue à tester des missiles balistiques, ses dirigeants défient la communauté internationale encore plus ouvertement que toutes ces dernières années. À court terme, cet état des choses pourrait inciter à une certaine hésitation parmi les décideurs étrangers et les opposants. Mais à long terme, il devrait contribuer à davantage du soutien des premiers à l’égard des seconds tout en renforçant leur pression sur la projection de forces de Téhéran dans le monde entier.

Cette démonstration de force prend la forme d’une intervention continue dans des zones de combat telles que la Syrie ou le Yémen. Mais de plus en plus, cela implique également des menaces terroristes sur le sol occidental, en particulier contre des groupes de militants expatriés tels que le Conseil national de la Résistance iranienne, qui représente le réseau de soutien mondial des manifestants iraniens, ainsi que la perspective d’un alignement important entre leurs activités et la politique étrangère occidentale.

Tous ceux qui s’inquiètent de l’impact de l’Iran sur sa région et sur son peuple devraient reconnaître que le sommet de Varsovie est une occasion importante de coordination entre ces différentes sources d’opposition au régime iranien. Les pays européens, en particulier, doivent apprendre à voir à travers la rhétorique pompeuse de Téhéran l’extrême vulnérabilité que celle-ci tente de dissimuler. De cette manière, le monde entier peut transcender la vue à court terme d’une politique de complaisance en considérant, à sa juste valeur, le potentiel du changement de régime aux mains de la population iranienne, et la transformation de l’Iran en un état plus ou moins démocratique.

L’auteur est Hamid Enayat, journaliste à Paris.