La probabilité que votre vote stratégique fasse pencher la balance...

OPINION / Pour un électeur, le vote stratégique consiste à choisir une option électorale qui n’est pas son choix favori dans le but d’éviter qu’une autre formation politique prenne le pouvoir. Cette décision implique des coûts. Celui de devoir se restreindre, comme citoyen, dans l’expression de ses préférences politiques, alors que les électeurs ont peu d’occasions formelles de s’exprimer. Celui également de ne pas faire bénéficier son parti préféré du financement supplémentaire qu’il obtiendrait s’il obtenait un vote de plus.

Si ces coûts du vote stratégique sont certains, les bénéfices sont quant à eux théoriques. En effet, il est possible, théoriquement, qu’un vote fasse la différence. Mais il est également possible que l’écart entre les deux principaux partis soit plus grand. Que cet écart se compte en milliers, en centaines, ou en dizaines de votes n’a pas d’importance. Si l’écart est de plus qu’un vote, le vote stratégique de l’électeur n’aura pas fait pencher la balance d’un côté ou de l’autre; les bénéfices n’auront alors pas surpassé les coûts.

Du point de vue de l’électeur, il n’est possible d’évaluer les bénéfices du vote stratégique qu’après les élections. Toutefois, au cours de la campagne, plusieurs tenteront d’estimer la chance que leur vote fasse soit décisif en s’alimentant à partir de différentes sources. Il peut s’agir de résultats de sondages qui suggèrent que la course est serrée ou encore des messages des partis politiques qui tentent de mobiliser leurs membres.

De manière plus objective, il est également possible d’estimer les chances que tout ne tienne qu’à un vote sur la base de données historiques. Le Directeur général des élections du Québec (DGEQ) tient sur son site web des archives des résultats électoraux. Les données disponibles portent sur les élections générales tenues entre 1973 et 2014. Les résultats pour l’ensemble de ces 12 élections présentent la distribution des votes dans 1464 élections de circonscriptions.

Pour la période étudiée, le cas de Hull, 1976, est celui où l’écart entre le parti gagnant et le second parti est le plus faible. Seuls deux votes séparaient Oswald Parent, du Parti libéral du Québec, de la gagnante de cette circonscription, Jocelyne Villeneuve Ouellette, du Parti québécois. Toutefois, si un électeur avait voté PLQ plutôt que PQ, les deux candidats auraient été à égalité. Il aurait donc fallu un vote additionnel pour que le candidat libéral l’emporte.

Il s’agit d’un cas sur 1464, soit une probabilité d’environ 0,07 %.

Seulement six des 1464 élections de circonscriptions étudiées présentent un écart de moins de 50 votes entre le vainqueur et le second candidat (0.41%).

Cela étant dit, à l’élection de 1976, le PQ a remporté 71 sièges alors que le PLQ n’en a remporté que 26. Même si deux votes stratégiques avaient fait pencher la balance dans Hull, le PQ aurait tout de même formé le gouvernement majoritaire.

Dans cette perspective, les chances qu’un vote stratégique amène les bénéfices escomptés sont infimes, microscopiques.

Alexandre Morin-Chassé,

Docteur en science politique,

Université de Montréal