Une quantité de 10 cm de neige est tombée sur la capitale canadienne en ce début d’hiver. C’est la première neige qui annonce la saison hivernale.

La première neige d’un Sahélien

OPINION / Une quantité de 10 cm de neige est tombée sur la capitale canadienne en ce début d’hiver. C’est la première neige qui annonce la saison hivernale. Une partie de plaisir pour des enfants canadiens qui patinent et se glissent dans les rues avec le sourire décontracté. Une épreuve épouvantable pour les pauvres étudiants étrangers, notamment ceux qui viennent de l’autre bout de la terre, du Sahel. Le Sahel et le Sahara sont des zones semi-arides et désertiques du continent africain.

Séjourner ou immigrer au Canada est un rêve qui ne laisse personne indifférent en Afrique et en Europe. Lorsque j’ai obtenu mon visa et permis d’études pour ce beau pays qu’on croit tout rose, la joie était immense dans mon entourage. Au-delà de ma personne, tous mes proches partageaient cette fierté qui m’animait.

« Le Canada est un bon pays que tu vas aimer » me disent certains parents, pendant que mes amis français de l’université de Nice et mes proches professeurs me disaient : « Nous aimerions aussi faire un tour au Canada! »

Je n’avais pas alors compris le sens de cet adage qui dit que l’« on croit toujours que l’herbe est plus verte ailleurs ». Il ne m’a pas fallu longtemps pour le comprendre.

Mes premiers jours furent assez agréables. L’accueil bon enfant. Mes proches d’ici ne manquaient pas une occasion de me raconter les anecdotes cauchemardesques de leur premier hiver canadien. La galère quotidienne après les tempêtes de neige. Ces causeries me donnaient déjà le frisson avant l’heure. Ils me dissuadent notamment de mettre ma main sous l’eau chaude du robinet lorsqu’elle est anesthésiée par le froid glacial, etc.

Je retiens cette phrase d’un ami : « Je ne te dis rien, car j’ai beau te le dire, l’hiver canadien est indescriptible. Il faut le vivre pour le comprendre. »

C’est l’après-midi du 11 novembre que j’ai vécu cette épouvantable épreuve. Un véritable bizutage à l’américaine ! En ouvrant la porte de mon appartement, je ne voyais que du blanc partout, on dirait de la farine de blé déversée dans les rues. Qui est ce mauvais transporteur qui n’a pas pu boucher le trou de son sac de farine ? Voici qu’il a tout déversé dans nos rues. Il aura certainement une «contravention» de la Ville d’Ottawa.

À peine les pieds dehors, je me suis rendu compte qu’il s’agissait de la glace. J’ai pris un selfie pour l’envoyer à ma mère au Mali avec cette phrase : « Maman, ici on est dans un congélateur à ciel ouvert! » Ma mère me dit qu’il fait plus de 20 degrés au Mali et ironise en me proposant un échange de température. « On vous envoie 10 degrés Celsius et vous nous envoyez moins 10 degrés... »

Il fait -7 degrés et la température ne fera que descendre toute la semaine. Enfin, c’est ce que m’ont expliqué ces Canadiens qui veulent me faire trembler encore plus que ne le fait déjà le froid. Ils disent que la température des jours suivant la neige est plus terrible que le jour de neige.

En attendant que je grelotte ! Et j’entends dans la rue : « It is cold !»

On est loin de la France, où certaines femmes se permettent de sortir avec des décolletés pendant l’hiver. Ici la couche de la neige est si grande qu’elle peut immobiliser une voiture. Si le sable immobilise les voitures chez moi au Mali, ici c’est la neige qui assure ce calvaire climatique.

Je vis une véritable expérience au Canada. De 40 degrés au Mali à -7 voire -20 degrés au Canada, je vis l’immensité et la diversité de notre planète.

Je partage avec vous cette phrase de ma mère, une phrase qu’elle ne manque jamais de formuler à l’instar de toutes les mamans africaines. « Ce qui ne te tue pas, te rend plus fort ! »

Ayouba Sow,

Doctorant,

Sciences de l’information et de la communication au SIC.LAC Méditerranée (Nice-France)