Depuis le 7 septembre 1969, le Canada s’est doté d’une loi fédérale qui institue le français et l’anglais comme langues officielles du pays. Toutefois, dans l'histoire canadienne, le français est arrivé en premier.

La première langue officielle du Canada

Le Canada a deux langues officielles, le français et l’anglais. Comme il y en a deux, peut-on parler de la première et de la seconde ? Oui, le français est la première langue officielle du Canada. Il y a quelques semaines, une personne m’a lancé un «Sorry, I don’t speak French». Je lui ai répondu: «Dommage que vous ne parliez pas la première langue officielle du Canada».

Depuis le 7 septembre 1969, donc depuis bientôt cinquante ans, le Canada s’est doté d’une loi fédérale qui institue le français et l’anglais comme langues officielles du pays. C’était une recommandation de la Commission royale d’enquête sur le bilinguisme et le biculturalisme, créée par la premier ministre Lester B. Pearson. La loi a été adoptée sous le gouvernement de son successeur, Pierre Elliott Trudeau. 

Oui, je sais que les langues française et anglaise ont un statut égal, que les anglophones sont plus nombreux que les francophones, qu’on parle plus l’anglais que le français dans la fonction publique fédérale, que « la business du gouvernement fédéral se fait en anglais, [que] le français, c’est traduit », pour reprendre les mots du professeur Charles Le Blanc de l’École de traduction et d’interprétation de l’Université d’Ottawa. Dans notre histoire, le français est néanmoins arrivé le premier.

Si on remonte à la première présence européenne sur notre sol, on rencontre d’abord les Vikings qui ont exploré les côtes du Labrador vers 990, puis l’explorateur vénitien Cabato qui a débarqué à Bonavista (Terre-Neuve) en 1497, suivi de l’explorateur portugais Lavrador qui a cartographié l’endroit vers 1500, année où son compatriote Gaspar Corte-Real a visité l’île de Terre-Neuve et capturé des esclaves amérindiens pour les amener au Portugal. Il y a eu aussi les Basques qui ont pêché la morue et chassé la baleine dans le golfe du Saint-Laurent dès 1517.

Aucun de ces explorateurs ou navigateurs n’a pris possession des terres, encore moins établi une colonie de leur langue. Il faut attendre l’arrivée du Français Pierre Dugua de Mons, en 1605, pour voir naître une première colonie, l’Acadie à Port Royal. Trois ans plus tard, Champlain fonde Québec, la capitale de la Nouvelle-France.

En 1610, l’explorateur britannique Henry Hudson prend possession de la baie qui porte aujourd’hui son nom. La première colonie anglaise est fondée à Terre-Neuve par des pêcheurs venus du Devon en 1611, qui s’installent à la baie de la Conception. Mais Terre-Neuve ne fera partie du Canada qu’en 1949.

La première colonisation ou administration de notre pays remonte à Port Royal ou l’Acadie de 1605, avec des colons français qui provenaient majoritairement du Poitou. L’Acadie ne sera cédée à l’Angleterre qu’en 1713. Les colons de Québec, eux, proviennent d’anciennes provinces françaises comme la Bretagne, la Normandie et la Saintonge. Les Filles du Roy et quelques dignitaires arrivent pour leur part de l’Île-de-France et de l’Orléanais. 

Les premiers colons du Canada étaient français, avec des traits linguistiques propres à leurs régions, bien entendu. La langue de la première colonie, de la première administration canadienne, était le français. Ce n’est peut-être pas politiquement correct d’affirmer qu’une langue officielle est la première et l’autre la seconde. J’en conviens, mais c’est historiquement correct.

L’auteur Paul-François Sylvestre est un écrivain torontois.