Plus de 43 % des postes au sein de la fonction publique fédérale sont désormais désignées bilingues et plus de 96 % des personnes qui occupent ces postes ont atteint le niveau de compétence requis pour ceux-ci.

La place du fait français au Canada en 2019

OPINION / Dans le cadre du 50e anniversaire de l’adoption de la première Loi sur les langues officielles (LLO) et de la Journée internationale de la Francophonie le 20 mars 2019, se tenait au Sénat du Canada un caucus ouvert pour réfléchir à la question de la place du français au Canada. Les professeurs Stéphanie Chouinard, Michael MacMillan et Benoît Pelletier prirent alors la parole pour répondre à la question suivante : 50 ans après l’adoption de la Loi sur les langues officielles, quelle place occupe le fait français au Canada? Inspirés par les propos de ces citoyens érudits, nous souhaitons à notre tour partager quelques-unes de nos réflexions.

Disons d’abord que depuis l’adoption de la première Loi sur les langues officielles, la présence de la langue française dans l’appareil gouvernemental s’est accrue considérablement. Au moment de son adoption, le gouvernement canadien voulait rectifier une injustice historique qui se matérialisait, entre autres, par l’absence presque totale de francophones au sein de la fonction publique fédérale. Sur ce front, la loi connaît un succès fort appréciable : plus de 43 % des postes au sein de la fonction publique fédérale sont désormais désignées bilingues et plus de 96 % des personnes qui occupent ces postes ont atteint le niveau de compétence requis pour ceux-ci.

Or, malgré la transformation positive qui s’est opérée au sein de la fonction publique depuis 50 ans, un nombre important de plaintes est toujours déposé annuellement auprès du Commissaire aux langues officielles concernant le droit de travailler dans sa langue, la désignation linguistique de certains postes, et la participation équitable des francophones et anglophones au sein de l’appareil gouvernemental. Le Commissariat a reçu 376 plaintes en 2018 qu’il a jugées recevables sur ces questions. Dans le rapport Mendelsohn-Borbey, on notait que 23 % des francophones œuvrant au sein de la fonction publique fédérale ne se sentent pas à l’aise de s’exprimer dans la langue officielle de leur choix lors des rencontres de leurs unités, et 32 % ne se sentent pas à l’aise d’interagir par courriel dans la langue officielle de leur choix.

Ces défis auxquels font face les fonctionnaires francophones fédéraux sont le reflet d’une réalité plus large vécue par l’ensemble des francophones du pays. 

Malgré le statut officiel du français et l’appui de la majorité canadienne (88 % de la population), la langue française au Canada est encore malheureusement perçue par certaines Canadiennes et certains Canadiens comme étant la langue d’une minorité canadienne appartenant au passé. Cette perception contribue largement à dévaloriser la place qu’occupe le français au Canada.

Or, le français est une langue vibrante, moderne et créatrice et demeure une des pierres angulaires de l’identité canadienne. La langue française n’est pas la langue d’un seul groupe culturel, c’est la langue de partage et de vivre ensemble d’une diversité de communautés culturelles et ethniques habitant l’ensemble du pays. Le français, au même titre que l’anglais, est une langue internationale qui est parlée sur les cinq continents et qui permet au Canada d’accueillir des personnes provenant de toutes les régions du monde. Dans ce sens, il faut déconstruire cette perception que la langue française appartient à un seul groupe culturel afin que tous les Canadiennes et Canadiens adhèrent au fait que la langue française est aussi un véhicule puissant du multiculturalisme canadien.

Ainsi, si le fait français au Canada a des assises historiques et constitutionnelles fortes, il a aussi un rôle important à jouer pour l’avenir du Canada. En valorisant davantage la langue française dans l’ensemble du pays, le Canada se positionne sur la scène internationale comme un vaste territoire pouvant accueillir une diversité de familles immigrantes ayant le français en partage.

Nous ne pouvons pas valoriser la place du fait français au pays sans réfléchir au débat qui a cours au Parlement du Canada sur le projet de loi C-91, Loi concernant les langues autochtones. Comme nous l’avons vu avec l’adoption de la Loi sur les langues officielles, la promotion de la langue française, rendue possible grâce à sa Partie VII, a joué un rôle important dans la préservation et l’épanouissement du français dans plusieurs régions du pays. Comme minorité linguistique, nous devons être solidaires de cette lutte pour la préservation des langues et des cultures des Premières Nations, Métis et Inuits. Dans un éditorial publié le 18 avril 2019, le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne du Canada, Jean Johnson, lançait un appel aux francophones à ce sujet, en rappelant que: « C’est en grande partie grâce à l’appui des peuples autochtones que la francophonie a pu prendre racine au Canada il y a maintenant quatre siècles. À présent, dans une perspective de réconciliation, c’est à nous d’agir et de les appuyer. » C’est dans cette optique que le gouvernement du Canada se doit de pleinement reconnaître et favoriser la revitalisation des langues autochtones.

En regardant vers l’avenir, nous devons nous rappeler qu’au courant des 50 dernières années la progression du bilinguisme et de la dualité linguistique a toujours été réalisée lorsque les citoyennes et citoyens ont mis la pression sur les différents paliers gouvernementaux afin qu’ils respectent nos langues officielles.

Les auteurs sont Raymonde Gagné, sénatrice indépendante au Manitoba , et René Cormier, sénateur indépendant au Nouveau-Brunswick.