Malgré les changements de circuits apportés dernièrement à la STTR, l’auteur de ce texte estime que la Ville, la communauté et les usagers doivent sérieusement se pencher sur des façons d’améliorer le transport collectif à Trois-Rivières.

La place de l’automobile dans nos villes

OPINIONS / Depuis quelques années, il existe un peu partout dans le monde des pressions politiques pour réduire la place qu’occupe l’automobile dans nos villes. Ici à Trois-Rivières, le conseil municipal actuel s’est affiché de façon claire contre l’automobile. Certains l’ont décrit comme une nuisance, Vision zéro l’a présenté essentiellement comme meurtrière et récemment on apprenait qu’à cause d’elle, nous consommions trop d’eau en la lavant au moment opportun et pas qu’un jour sur deux et c’est devenu un enjeu majeur pour les écosystèmes et les ours polaires. Bref, nous pouvons nous attendre à ce que davantage de mesures soient adoptées pour réduire la place de l’automobile. On fait quoi maintenant?

Trois-Rivières possède un réseau de transport en commun composé principalement de gros autobus au diésel. La Ville s’est récemment penchée sur les façons d’améliorer les trajets et les horaires et nous pouvons espérer que le travail qui a été fait sera à moyen terme apprécié des usagers. Trois-Rivières est, somme toute, une grande municipalité avec un faible niveau de concentration de sa population à part quelques quartiers.

La résultante est qu’il est coûteux de desservir toutes les zones par un réseau de transport collectif, difficile d’offrir des trajets optimaux pour tous, nécessaire d’imposer des transferts d’autobus et surtout de l’attente prolongée aux arrêts de bus. Rien de bien réjouissant et surtout rien de bien attirant. La communauté devra faire bien plus pour charmer les automobilistes.

Il y a d’une part notre voiture, climatisée, confortable, prête quand nous le sommes, capable de se rendre directement du point A au point B. Difficile de faire mieux. D’autre part, il y a de l’attente aux arrêts de bus, souvent aucun abri, les bus en retard, l’inconfort lorsqu’on essaie d’y emmener quelques trucs comme une boîte en carton ou quelques sacs d’épicerie, l’obligation de changer de bus et j’en passe. Le transport collectif ne se bat présentement pas à armes égales. Les incitatifs sont insuffisants, les avantages d’utiliser sa voiture, immenses.

Bien sûr la Ville pourrait continuer à réagir comme elle le fait présentement c’est-à-dire en essayant de réduire les attraits de l’automobile plutôt qu’en rehaussant les attraits du transport collectif. C’est une très mauvaise stratégie.

Et puis il y a les autobus presque totalement vides. Vous savez ces autobus énormes que l’on voit passer à très vive allure, dans nos rues en milieu de soirée dans lesquels il y a moins de trois personnes à son bord.

Il y a aussi les clientèles pour lesquelles l’autobus ne convient tout simplement pas. Les problèmes sont nombreux et les enjeux ne sont pas qu’environnementaux ou simplement liés au budget.

La Ville, la communauté et les usagers doivent maintenant sérieusement se pencher sur des façons d’améliorer le transport collectif à Trois-Rivières, la durée des parcours, la sécurité de trottoir, le confort aux arrêts.

Il faudra bien sûr tabler sur un financement adéquat et durable. L’amélioration du réseau passe avant tout par un financement suffisant et surtout l’acceptation que les coûts du service doivent avant tout être assumés par les utilisateurs capables de le faire. Une chose est cependant certaine, pour améliorer tout ça, il faudra être audacieux et innovants.

Davantage de stationnements incitatifs à toutes les extrémités de la ville, une valorisation du covoiturage, davantage de navettes qui amènent les gens directement à leur destination. Voilà quelques idées. Il faudra également diversifier les gabarits des véhicules et leur motorisation et en augmenter leur fréquence. On jase là, mais aux 10 minutes dans de petits véhicules c’est possible? Des voies réservées? Un tramway abordable sur l’axe des Forges? L’intégration du secteur privé où c’est optimal? Peut-on envisager un réseau de transport organique, polymorphe, capable de s’adapter et de mieux répondre aux besoins qui changent selon les heures, les jours, les saisons?

Peut-on imaginer un réseau qui rend son usage un choix logique et sensible? Est-il possible d’envisager un réseau de transport collectif bien financé par tous les utilisateurs et qui ferait en sorte qu’il soit possible de se rendre au travail, au resto, à l’université, au centre commercial, au centre-ville ou partout en ville dans un temps comparable à l’automobile, en tout confort et tout ça pour l’équivalent du coût de possession d’une petite voiture?

Si oui, alors j’embarque!

Je pense qu’il y a matière à réfléchir mais pour l’instant nos municipalités et nos communautés incluant celle de Trois-Rivières n’ont rien à offrir pour convaincre les automobilistes, moi inclus.

Gaëtan Bouchard

Trois-Rivières