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La peur des mots?

Carrefour des lecteurs
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Le Quotidien
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OPINION / Les âmes sensibles fortes en nuance nous mettent en garde sur certains mots et expressions à ne pas prononcer, car elles les considèrent inappropriés dans les débats teintés d’éthique.

Par Marcel Lapointe, Jonquière

Assassinats plutôt que féminicides; racisme systémique plutôt que discrimination; nègres blancs plutôt que Canadiens français colonisés: mots et expressions qui dérangent la bien-pensance convaincue de supériorité morale, et bien des élus qui se confortent dans de tenaces et sclérosantes certitudes.

Charnier, génocide: à réserver pour qualifier la Shoah; inappropriés dans le débat sur les percutantes découvertes et révélations récentes au sujet de la persécution des Autochtones, premiers habitants d’un territoire situé au nord du 49e parallèle, d’un océan à l’autre.

Définitions...

Racisme systémique: discrimination en éducation, en santé, en sécurité publique, dans le logement, dans l’emploi, etc., envers un groupe social, s’exprimant par une relation dominant-dominé.

Les Canadiens français qualifiés de nègres blancs d’Amérique, qu’il était lui-même, par l’écrivain révolutionnaire Pierre Vallière, alors, ironie du sort, qu’il côtoyât de près des Américains noirs engagés dans leur lutte pour l’égalité des droits civiques.

La Convention des Nations Unies définit le génocide comme la « commission d’un acte visant à détruire, partiellement ou entièrement, une nation, ethnie, race, un groupe de croyants, par assassinat, par atteinte à l’intégrité physique ou mentale, par des conditions d’existence conduisant à la destruction physique, par des mesures d’entrave aux naissances ou une déportation forcée d’enfants du groupe à un autre ».

Un charnier ou une fosse commune, selon Wikipédia, est un trou creusé par le dominant pour y enterrer, à l’abri des regards indiscrets, pêle-mêle, de nombreux cadavres humains exécutés. Qu’on pense à plus de 200 enfants enterrés sans sépulture et sans avoir été identifiés.

Réfrénez vos ardeurs et vos affects, messieurs et dames, nous prévient le chroniqueur du Devoir Christian Rioux. Il n’y a pas eu de génocide, qu’il a décrit comme la disparition d’un peuple par une destruction physique planifiée. Selon ce dernier, envers les Autochtones d’Amérique du Nord, il ne s’est pas agi d’un génocide, mais bien d’un ethnocide, soit l’élimination culturelle, spirituelle et linguistique d’un peuple indigène. La même chose lorsqu’il a insisté sur la distinction à faire entre fosse commune et charnier, pour qualifier le trou dans lequel furent ensevelis 215 enfants autochtones prisonniers d’un sinistre pensionnat broyeur d’âmes à Kamloops, en Colombie-Britannique.

Non à la rectitude linguistique et sémantique quand il faut nommer un chat, un chat.