Le gouvernement de la Colombie-Britannique s’oppose à la construction d’un deuxième oléoduc Trans Mountain à travers son territoire et a annoncé qu’il portera la cause en appel devant la Cour suprême du Canada.

La non-acceptabilité sociale ne suffira pas

OPINION / Le premier ministre François Legault se plaît à dire qu’il n’y a pas d’acceptabilité sociale pour un projet d’oléoduc comme Énergie Est, qui devait transporter du pétrole des sables bitumeux à travers le Québec pour exportation. Curieusement, il se montre plus ouvert à l’idée d’un gazoduc qui acheminerait à travers le centre du Québec du gaz de schiste de l’Alberta, également très polluant.

Il n’est pas le seul chef de gouvernement à s’opposer au passage de nouveaux pipelines transportant le pétrole albertain. Le gouvernement de la Colombie-Britannique s’oppose à la construction d’un deuxième oléoduc Trans Mountain à travers son territoire. Mais la semaine dernière, la Cour d’appel de la Colombie-Britannique a statué que le gouvernement provincial ne pouvait pas bloquer le projet de pipeline Trans Mountain. La Colombie-Britannique a annoncé qu’elle portera la cause en appel devant la Cour suprême du Canada.

La Cour d’appel a souligné l’autorité de l’Office national de l’énergie pour réguler le transport de ressources énergétiques à travers le pays pour exportation. La juge Mary Newbury a précisé : « Le projet Trans Mountain n’est pas seulement un «projet de la Colombie-Britannique». Il touche le pays entier et doit être régulé en prenant en compte les intérêts du pays au complet. »

Ce jugement a été bien reçu par les pétrolières et par les politiciens qui partagent leur engouement pour l’augmentation de la production des hydrocarbures de l’Alberta, quelque soit l’impact sur l’environnement. Déjà la production du pétrole de l’Alberta génère plus de gaz à effet de serre que le Québec au complet. On propose de doubler la production de ce pétrole et, par conséquence, de sa pollution!

Le chef du Parti conservateur, Andrew Scheer, voit grand et vient d’annoncer qu’il est temps de « créer un couloir énergétique pancanadien ». Pour lui un tel projet mettra fin aux chicanes et à l’obstruction des provinces comme la Colombie-Britannique et le Québec. L’Alberta pourrait ainsi exporter tout son pétrole des sables bitumeux et son gaz de schiste, et au diable le climat et l’environnement.

L’avenir nous dira qui gagnera les élections fédérales d’octobre 2019 – le parti de M. Trudeau qui a acheté le pipeline Trans Mountain et dont la crédibilité environnementaliste est en lambeaux, ou M. Scheer qui prône un bar ouvert. Le Bloc Québécois s’oppose à ces pipelines, mais même s’il gagne tous les 78 sièges du Québec, sa capacité d’appuyer le gouvernement du Québec sera limitée.

L’année 2020 risque de voir le début d’une confrontation grandissante entre, d’un côté, le Québec et, de l’autre côté, l’Alberta pétrolier et un gouvernement fédéral complaisant. M. Legault a annoncé en fin de semaine qu’il veut « électrifier » le Québec afin de réduire notre consommation de pétrole, et c’est très bien. Mais il a aussi dit que son approche à la question des changements climatiques sera « pragmatique ».

Si dans quelques années, la Cour suprême du Canada statue finalement que le Québec ne peut empêcher la construction de nouveaux pipelines à travers son territoire, qu’est-ce qu’un premier ministre Legault « pragmatique » pourrait faire? Les municipalités et les groupes citoyens auraient beau protester, la constitution canadienne, que le Québec n’a jamais signée, donnera raison à la Cour suprême, car cette constitution s’applique toujours au Québec. En toute logique, la seule façon de protéger notre climat et le territoire du Québec sera de faire l’indépendance.

Bernard Taylor,

Président,

Table régionale des OUI Québec de l’Outaouais