Le quartier du Musée est un lieu de mémoire extrêmement précieux pour la ville de Gatineau.

La mémoire n’a pas de prix

Le quartier du Musée pourrait tout aussi bien s’appeler le quartier-musée, étant un véritable musée à ciel ouvert fort bien présenté par le livre étoffé de Michelle Guitard. Les maisons en sont les artefacts et ses rues en sont des modules d’interprétation animés, entre autres, par les personnages historiques du Théâtre Dérives Urbaines. Ce quartier est un lieu de mémoire extrêmement précieux pour la ville de Gatineau comme ont renchéri plusieurs historiens. C’est donc dans son intégralité que la citation patrimoniale doit s’appliquer.

Parmi les nombreux arguments soulevés en faveur de la citation pleine et entière du quartier, rappelons que ce quartier s’arrime à un vaste complexe mémoriel. Celui-ci est constitué du Musée canadien de l’histoire, du Musée des beaux-arts du Canada, du pont Interprovincial (1901, lieu historique national), des écluses du canal Rideau (1836, site du patrimoine mondial de l’UNESCO), du Château Laurier (1912, lui aussi lieu historique national), de la colline du Parlement (1860, idem) et de la magnifique rivière des Outaouais désignée lieu historique à la fois par le Québec, l’Ontario et le Canada.

Le quartier constitue « le » point d’ancrage gatinois de ce prestigieux complexe patrimonial, à la fois local, national et mondial. Pourquoi s’en exclure?

Permettre une mutilation de la mémoire de ce quartier priverait Gatineau de tous les avantages potentiels de cet inestimable voisinage. Il suffira de peu d’aménagements pour que les touristes fréquentent nombreux le secteur et donc la ville. Les retombées économiques suivront à la condition que rien ne vienne trahir, dans le champ de vision des visiteurs, la pérennité mnésique du lieu. Partout à travers le monde, les quartiers riches d’histoire sont appréciés et recherchés en raison de l’intérêt, du savoir, du bien-être et de la qualité de vie qu’ils procurent. 

Bien que des infrastructures modernes et audacieuses soient souhaitables pour les villes, il est important de respecter les plans d’urbanisme pensés par les citoyens et experts. Une ville appartient d’abord et avant tout à ses citoyens. Et ce sont les villes les mieux planifiées qui, dans la durée, servent le mieux leurs citoyens. Les édifices contemporains doivent trouver une place qui respecte, sans les écraser, les rares traces des prédécesseurs qui ont permis l’existence même de cette ville.

Que les résidents veuillent, de leur propre chef, devenir les conservateurs officiels du quartier du Musée, est une chance inouïe pour Gatineau. Saisissons cette opportunité en procédant à la désignation patrimoniale de l’entièreté de ce secteur en harmonie avec le haut-lieu de mémoire que constitue son environnement. 

L'auteure du texte est Louise N. Boucher, docteure en géographie et enseignante à l’Université d’Ottawa.