La filière porcine québécoise est d'une importance capitale pour l'économie agricole québécoise.

La crise du bacon

Au Canada, au cours des dernières semaines, de nombreux cas du virus de la diarrhée épidémique porcine (DEP) ont été identifiés. En effet, depuis plusieurs années, les producteurs porcins ont craint que le virus se propage, au Canada, car il pourrait entraîner des coûts de 45 millions$ pour la première année, et ce, au Québec seulement.
En Ontario, les pertes pourraient s'élever au-delà de 60 millions$, puisque cette province livre plusieurs porcs aux abattoirs et fermes du Québec; ainsi, les risques de dissémination sur le territoire québécois sont réels. D'ailleurs, le virus, archi-virulent, a déjà été détecté au Québec mettant ainsi tout le monde sur le qui-vive.
Heureusement, ce virus ne présente aucun de risque pour la santé humaine ni pour la salubrité des aliments vendus en magasin. Contrairement à d'autres incidents épizootiques, la science indique que ce virus ne migre pas de l'animal à l'humain.
Pertes énormes
Cependant, les pertes pour l'industrie sont susceptibles d'être énormes. La filière porcine québécoise est d'une importance capitale pour l'économie agricole québécoise. Ainsi, les instances gouvernementales devront vraisemblablement dédommager les producteurs pour leurs pertes considérables.
Chez nous, l'arrivée de ce virus pourrait aussi signifier une augmentation du prix du porc au détail. Depuis la mi-juin 2013, aux États-Unis, le prix du porc a augmenté de près de 15%, en raison d'une production sévèrement perturbée par le virus. Contrairement au boeuf, le porc représente une protéine très abordable et son coût minime fait en sorte qu'il existe peu de substituts sur le marché. Or, si l'offre diminue, la demande pour la viande porcine sera plus inélastique qu'il l'est en ce moment pour les autres viandes plus dispendieuses.
Contrairement à l'épisode de la vache folle, l'arrivée de la DÉP ne surprend personne. Ce n'était qu'une question de temps, puisqu'en Europe de l'Est et en Asie, le virus a déjà été détecté, et ce, depuis 1978. En effet, plusieurs s'interrogent à savoir pourquoi le virus n'avait pas déjà atteint nos frontières, car le premier cas nord-américain date d'avril 2013, aux États-Unis. D'ailleurs, les Américains n'ont pas eu de répit puisque le virus qui s'est propagé sur un territoire de plus de 20 états américains, tuant ainsi des millions de porcelets.
Mesures à revoir
Même si le virus était attendu, depuis fort longtemps, les mesures de biosécurité, au pays, doivent être revues. Le niveau d'intégration de la filière porcine nord-américaine est tel qu'il faut maximiser l'échange d'information entre l'industrie et les différents paliers gouvernementaux. Le transport d'animaux étant le principal risque de la propagation de la maladie, la conformité de la chaîne logistique doit se maintenir. Pour se faire, la rigueur appliquée, pour le simple lavage de camions, doit être relevée. De plus, les manifestes exposés aux producteurs, à l'arrivée des animaux, doivent être vérifiables.
Quant à la médecine vétérinaire, elle doit faire son oeuvre et trouver un vaccin qui sera plus efficace est de mise afin d'éviter de plus grandes pertes.
Tout compte fait, ce virus est une véritable bombe qui frappe l'industrie porcine. Certains comparent même la situation actuelle à du «bioterrorisme» ciblé et sans merci. Pendant que l'industrie retient son souffle, espérons que le passage de la DÉP soit momentané. Néanmoins, une fois la crise terminée, le coût de notre bacon risque d'être revu à la hausse.