La première ministre ontarienne, Kathleen Wynne

La compétence linguistique des politiciens en Ontario

OPINION / L’Ontario sera bientôt appelée aux urnes. Il est aujourd’hui accepté que les chefs des principaux partis politiques soient capables de pouvoir s’exprimer en français. Ce gain politique a pris du temps à s’inscrire mais aujourd’hui, ce n’est plus négociable. Cet acquis linguistique démontre comment l’Ontario a changé et la place que les francophones ont su prendre afin de vivre à l’égalité du groupe majoritaire.

C’est tout un progrès et un signe de réussite politique dont les francophones doivent être très fiers. Qui aurait pensé il y a 30 ans que les chefs de partis considéreraient comme une compétente utile voir nécessaire la connaissance du français? On tient aussi compte du pouvoir électoral des francophones dans plusieurs circonscriptions. Les enjeux dans ces circonscriptions sont devenus une préoccupation partisane et on tient compte des conséquences négatives d’un manque de considération des besoins des francophones.

Il est nécessaire qu’il y ait un débat télévisé en langue française lors de la prochaine campagne électorale, quitte à clairement énoncer les sujets afin de permettre aux chefs de pouvoir se préparer en français. Ces thèmes porteraient sur des préoccupations de la francophonie provinciale, tout en incluant des perspectives régionales où les francophones sont concentrés. Il faut par ailleurs sortir des sujets qui ne portent uniquement que sur les francophones et parler d’économie, d’éducation, de problèmes sociaux, etc.

Afin de susciter l’intérêt chez les anglophones et en particulier leurs médias, il serait de mise de leur demander de participer au débat des francophones. Les questions seraient présentées en français mais préparées avec les médias anglophones. Cette approche aurait le mérite d’inclure les anglophones dans le débat francophone et les sensibiliser aux réalités et problématiques de ces derniers. Ceci permettrait aussi aux médias de valider que les réponses soient les mêmes peu importe le public cible.

Il ne faut pas critiquer les chefs de partis qui participeraient à un débat en langue française mais qui répondraient avec difficulté. Il faut évidemment féliciter ceux qui s’expriment en français. En présentant une image positive de leur capacité à dialoguer en français, ils encouragent de façon positive la volonté des individus et des partis à fonctionner avec et pour les francophones. Mais la présence de tous, même les unilingues, est un acquis que nous devons encourager. 

Le prochain défi est d’assurer que le contenu des programmes électoraux et la publicité électorale reflètent aussi les préoccupations des francophones. Il nous faut plus qu’une simple traduction. Les partis doivent pouvoir compter sur un personnel politique capable de répondre dans les deux langues officielles.

L’auteur, Gilles LeVasseur, est avocat et professeur à l’Université d’Ottawa.