La Cité et le français? Vraiment?

La Cité vient de recevoir sa désignation en vertu de la loi sur les services en français. La présidente du Conseil d'administration, Lise Cloutier, mentionne: «La Cité est heureuse de s'associer au gouvernement ontarien en vue de mieux garantir le droit à des services d'éducation postsecondaire en français, de protéger la communauté franco-ontarienne et de faire progresser le français.»
Il est donc paradoxal que La Cité, sous le couvert d'une révision de la carte des programmes, ait décidé de sabrer de moitié dans ses cours d'enseignement du français.
Comment peut-on faire progresser le français alors qu'on supprime de moitié dans le coeur même de son identité, c'est-à-dire dans l'enseignement de sa langue maternelle?
Quel message La Cité semble-t-elle envoyer à sa communauté et pense-t-elle aux générations futures? L'assimilation parfois ne vient pas de l'extérieur mais de l'intérieur... Belle fierté identitaire?
Il est déplorable que cette réforme permette à La Cité de continuer à s'attaquer à ce qui le différencie des autres collèges, les langues.
Il était décevant, presque honteux, d'entendre le Collège dire, à l'automne 2013, que ses étudiants sont désavantagés car pour le même diplôme, ils ont de 200 à 300 heures de plus de formation. Une partie de ces heures est reliée aux cours de langues. Cela se comprend, car le Collège n'a-t-il pas comme mission de former la relève francophone en Ontario?
Identité franco-ontarienne
En coupant dans les cours de langues, la nouvelle administration du Collège semble poser des gestes dangereux pour l'identité franco-ontarienne lorsqu'elle se compare à la majorité. Nos programmes existent car il y a un besoin.
Le mandat du Collège n'est-il pas de desservir une communauté dont l'identité relève d'un statut minoritaire?
Il est odieux d'entendre que les étudiants subissent une discrimination dans leurs études en raison des cours de langues. En coupant de la sorte dans ce qui devrait être une valeur ajoutée, le Collège n'est-il pas en train de faire lui-même de la discrimination linguistique? À toujours se comparer à la majorité, c'est ce qu'il semble accomplir. Il importe de se poser la question car si tel est le cas, fermons les portes de cette institution et retournons avec le Collège Algonquin et nous redeviendrions un collège bilingue. Il n'y aurait en fait qu'un groupe de gestionnaires. L'argent irait peut-être dans la salle de classe. À être si peu fier de l'identité franco-ontarienne, autant adopter le mode de fonctionnement qui existait dans le passé, un collège pour deux identités.
Lorsque La Cité a annoncé qu'elle sabrait dans son nombre de cours de langues, les principaux intéressés, c'est-à-dire les professeurs de langues, n'étaient même pas au courant que leurs cours seraient amputés de cette façon. Le Collège a agi sans considération envers ces professionnels. Autre exemple, ces professeurs ont appris le démantèlement de leur secteur abruptement à 48H des vacances estivales. Pourquoi cet acharnement?
Sonnons le glas pour notre institution qui se dit francophone mais qui, par ses gestes, semble renier son identité. Alors, nous vous posons la question suivante: La Cité et le français? Vraiment?
Benoît Dupuis
L'auteur est président du Syndicat du personnel scolaire, section locale 470 du SEFPO.