Après le débat sur la future Université de l’Ontario français à Radio-Canada, le 6 mars, on peut se questionner sur la solidarité des divers intervenants, communautaires et/ou académiques.

La Cadillac des universités

OPINION / Après le débat sur la future Université de l’Ontario français à Radio-Canada, le 6 mars, on peut se questionner sur la solidarité des divers intervenants, communautaires et/ou académiques. Il est clair, par exemple, que le concept de coexistence n’est pas compris de la même façon par tous les acteurs. Le nom que devrait porter la nouvelle université a aussi été brièvement et légèrement soulevé.

La Fédération de la jeunesse franco-ontarienne a noté que le Collège Algonquin avait cessé d’être bilingue lorsque la Cité collégiale — aujourd’hui le collège La Cité — a ouvert ses portes en 1989 et que la même règle devrait s’appliquer peu après la création de la nouvelle université de langue française en 2020.

Or, l’Université d’Ottawa, l’Université Laurentienne et le Collège Glendon n’adopteront pas cette position ; on se marchera allègrement sur les pieds.

Il a été souligné que, pour atteindre une masse critique, la nouvelle université devra compter sur la venue d’étudiants étrangers et d’étudiants diplômés des écoles d’immersion.

Cette clientèle est déjà courtisée par les institutions en place. Le débat a aussi laissé entendre que c’est « la personnalité » de l’Université franco-ontarienne ou l’Université de l’Ontario français ou l’Université Franco – on l’a appelée de toutes ces façons — qui sera son pôle d’attraction.

Laissons aux spécialistes et à ceux qui ont fait des études de marché le soin de démêler l’imbroglio dans lequel semble se diriger la future université. Il ne se crée pas une nouvelle institution de haut savoir tous les 10 ou 20 ans et il faut profiter de cette opportunité unique appuyée par les trois partis politiques de l’Ontario pour oser sortir des sentiers battus. Il faudra se mettre en mode créativité.

Comme l’a souligné un intervenant lors du débat de Radio-Canada, le nom de la nouvelle université en anglais serait « University of French Ontario » (UFO), l’équivalent donc d’un « unidentified flying object ».

Blague à part, on sait que si un vocable francophone est composé de trois mots ou plus, on opte automatiquement pour son acronyme. L’Université de l’Ontario français deviendrait ainsi UOF : ce n’est pas très accrocheur.

Je ne parle pas de l’Université franco-ontarienne (UFO) car le nom serait sémantiquement incorrect — cela voudrait dire une institution créée par la France et l’Ontario.

De plus, nous savons que des milliers de francophones en Ontario refusent de s’appeler Franco-Ontariens ; ils se disent plutôt Québécois, Acadiens, Haïtiens, etc. L’expression « Franco-Ontarien » n’a jamais réussi à être rassembleuse.

À mon avis, la nouvelle université devrait porter le nom d’une personnalité de notre patrimoine francophone. Non, je ne songe pas à l’Université Champlain ou Étienne-Brûlé. L’un et l’autre n’ont rien fait pour faire éclore la langue française dans notre contrée. C’est Antoine Laumet de Lamothe Cadillac qui a amené les premiers colons français sur le territoire qui est aujourd’hui l’Ontario.

L’Université Cadillac, voilà un titre significatif, qui ne se traduit pas et qui est accrocheur : notre université sera une Cadillac, un fleuron.

Vous direz sans doute qu’il faut d’abord définir ses programmes, son public et sa relation avec les autres institutions postsecondaires ; le nom peut bien attendre, n’est-ce pas ? Pas nécessairement !

Le vocable peut être inspirant, inciter les acteurs à chercher le meilleur, la Cadillac des programmes par exemple. On rêve et on ose dans une Cadillac.

Paul-François Sylvestre, écrivain basé à Toronto