Mgr Roger Ébacher

La bonté et la miséricorde du Christ Jésus

Depuis une semaine, les médias font écho au drame de cette femme brésilienne, mère d'une fillette de neuf ans enceinte de son beau-père. Elle a été excommuniée par son évêque, de même que l'équipe médicale qui a procédé à l'avortement. Ce geste de mon confrère évêque m'a étonné et me reste difficile à comprendre, d'autant plus que le Code de Droit canonique prévoit lui-même des cas où la peine n'est pas encourue (articles1323 et1324).
Déjà le fait que cette fillette ait été violée pendant des années par une personne qui aurait dû la protéger est une terrible tragédie. Car c'est là blesser profondément la vie de cette enfant. Le fait qu'elle devienne enceinte amplifie le drame en mettant sa vie en danger. Alors, y joindre une excommunication vient ajouter de la douleur à la douleur et provoquer souffrances et scandales chez beaucoup de gens à travers le monde.
 
Les mères savent ce qu'un accouchement demande d'énergie et de force morale. Cette enfant pouvait-elle vraiment vivre un tel traumatisme sans en être blessée pour la vie, si non en mourir? Pouvait-elle physiquement mener à terme une grossesse? Et qu'est-ce que la mère de cette fillette pouvait faire comme choix? En posant ces questions, je ne suis pas pour l'avortement, qui demeure toujours un mal. Mais elle est sans doute un moindre mal dans des situations aussi extrêmes, considérant toutes les circonstances vécues. Les principes peuvent être clairs, la vie n'est pas noire ou blanche. Elle est faite de tellement de zones grises qu'il faut savoir la considérer avec bonté et compassion.
Alors, comment dire que dans ce cas le viol est moins grave que l'avortement? Bien sûr, l'avortement est un acte de mort. Et il inscrit dans la chair de celles qui l'ont vécu des blessures qui ne se fermeront peut-être jamais. Par ailleurs, si le viol ne tue pas la victime physiquement, souvent il la tue dans le plus profond de son être. L'important, de toute façon, devant un tel drame, n'est pas de juger et de condamner, mais d'écouter, d'accompagner. Car il importe de chercher des chemins pour aider les personnes à sortir de telles situations d'horreur, à refaire leur vie et à retrouver le chemin du goût de vivre.
Je pense que notre responsabilité comme chrétiens est d'abord et avant tout de manifester la bonté et la miséricorde du Christ Jésus qui s'est fait solidaire de toutes les blessures humaines pour nous assurer de son amour, et dans le cas, de son amour pour cette enfant, pour sa mère, pour les médecins eux aussi pris souvent dans un terrible drame de conscience.
Mgr Roger Ébacher,
Évêque de Gatineau