La «banque» Desjardins?

OPINION / Les Caisses Populaires Desjardins ont, dès leur origine, servi à mettre l’épargne en commun.

Elles ont voulu créer un capital qui soit accessible pour répondre aux besoins de ceux qui participent à sa création; un capital qui ne soit pas anonyme mais qui ait un visage, celui de l’entraide qui existait entre les membres de la communauté.

Même s’il ne s’agissait pas d’une entreprise à vocation franchement charitable, les conditions pour y accéder restaient tout de même proportionnées à la capacité de rembourser des membres. L’honneur et la parole donnée avaient alors une importance.

Chaque caisse locale formait une ruche où les abeilles travaillaient fort, toutes pour une et une pour toutes. C’est la symbolique que le Mouvement Desjardins avait adoptée depuis toujours : le rayon de miel et sa structure hexagonale en réseau représentait son identité, son esprit.

Or, j’ai découvert récemment que les alvéoles avaient disparu de la ruche. Il ne restait plus du logo du Mouvement Desjardins qu’une figure géométrique vide, un hexagone insignifiant. Je me suis alors dit que Desjardins avait perdu son âme.

J’ai donc fait part au personnel de ma caisse de ma préoccupation devant ce changement. C’était devenu, m’a-t-on dit, nécessaire à cause d’obscures questions de numérisation! De toute façon, les ordres venaient d’en haut; il fallait s’y conformer et être de son temps. Et la vie continue.

Ne serait-on pas, effectivement, en train de banaliser sciemment la réalité de ce que devrait être Desjardins, à savoir un mouvement socio-économique, plutôt qu’une banque soumise aveuglément à des lois d’un marché qui exige la profitabilité avant tout?... Avant les besoins de concitoyens démunis devant la perte de leur guichet automatique et de leur centre de services?

Jacquelin Robin, Gatineau