Le jury étudiant du FFO 2018 composé de Louis Hamlet, Aisha Cloutier, Gwen Kerneur, Arnaud Lafortune, Joani Vallespir et Sarah Klein

Jusqu’à la garde, lauréat du jury jeunesse du FFO

Le Festival du film de l’Outaouais s’est doté d’un jury jeunesse. Lors du gala de clôture de la 20e édition du FFO, ce jury a remis son prix à Jusqu’à la garde. Le film de Xavier Legrand sur le dérapage d’un divorce a été préféré à Les enfants de la chance, réalisé par Malik Chabane, Le Brio de Yvan Attal, Jalouse de David et Stéphane Foenkinos et Marvin ou la belle éducation d’Anne Fontaine. Ce jury jeunesse était constitué de Joani Vallespir, Aisha Cloutier, Arnaud Lafortune et Louis Hamlet, ainsi que de deux étudiants du Lycée de l’image et du son d’Angoulême, en France, Sarah Klein, et Gwenn Kerneur. Le Droit publie ici leurs points de vue sur certains films. L’initiative a été rendue possible grâce à l’Office franco-québécois pour la jeunesse qui offrira la chance à trois étudiants de Gatineau de participer à la prochaine édition du Festival du film francophone d’Angoulême, afin d’y intégrer son jury jeunesse.

Le Brio

Par Joani Vallespir, Université d’Ottawa

« Le brio » tombe bien vite dans un cliché de l’affront entre prolétariat et classe privilégiée avec la venue d’une élève banlieusarde dans une salle de cours d’une prestigieuse université parisienne où elle devient systématiquement le bouc émissaire du réalisateur : Yvan Attal. La rencontre tendue entre ces deux personnages qui se portent à leurs débuts une rancœur pour l’altérité de chacun, va se transformer en un duo soudé par le point commun qu’il leur reste : l’art du dialogue. Malgré une introduction fracassante en hommage à la langue française avec le témoignage de Serge Gainsbourg et d’autres auteurs français, le film s’obstine à suivre une thématique fondée sur le racisme et l’altérité qui semblent nous éloigner du sujet de base. Entre deux scènes comiques, dans l’échange belliqueux de ces deux personnages que les acteurs Daniel Auteuil et Camélia Jordana interprètent dans une dynamique et une alchimie justes, on revient parfois à la source de l’éloquence et du sens de la répartie. Autrement, le scénario à la base banal a été sauvé par la prestance originale et explosive des deux acteurs, ainsi que par une mise scène plutôt bien réussie malgré une finale nous laissant quelque peu sur notre faim.

Jusqu’à la garde

Par Louis Hamlet, Collège Universel

Un petit conseil : prenez une grande inspiration au début car vous ne pourrez expirer qu’à la toute fin. Effectivement, Jusqu’à la garde, un film de Xavier Legrand, nous présente une situation de divorce déchirante et brutale. Miriam Besson (Léa Drucker) se sépare de son mari, Antoine Besson (Denis Ménochet), car ce dernier est violent envers elle et leurs enfants Julien (Thomas Gioria) et Joséphine (Mathilde Auneveux). La cour octroie la garde partagée du plus jeune au père malgré les accusations de violence, et c’est à ce moment là que tout dégringole pour la famille Besson, c’est-à-dire dès le début du film. Le jeu des acteurs est tout simplement époustouflant. La justesse de leur jeu nous donne froid dans le dos et expose une tension constante tout au long du film. La réalisation ne nous donne aucun repos. Lorsque l’on pense avoir un bref répit, un événement vient chambouler la situation. De plus, le choix de n’avoir recours à aucune trame sonore est déstabilisant et ajoute à la tension du film. Bref, c’est un excellent film qui vous bouleversera sans doute.

Les enfants de la chance

Par Arnaud Lafortune, Université de Montréal

Ce film de Malik Chibane met en scène une touchante histoire d’un jeune garçon juif qui survit à la rafle parisienne de 1942 faite par les Allemands. Dans ce film, le jeu des auteurs est d’une vraisemblable époustouflante. Ceux-ci, malgré leurs jeunes âges, sont capables de convaincre de la véracité de leur vision. Grâce aux chants, à l’humour et aux effets visuels, le réalisateur traduit avec excellence la perspective d’un enfant en détresse. L’auditoire ne peut qu’être ému et réconforté par le rétablissement et le dénouement positif de l’histoire. En terminant, l’œuvre de Chibane apporte une perspective nouvelle sur la deuxième guerre mondiale, celle d’enfants malades, survivants à la guerre grâce à cette dure réalité.

Le Brio

Par Gwenn Kerneur, Lycée de l’image et du son, Angoulême

Le scénario est intéressant; basé sur une belle histoire construite avec peu d’originalité et avec des événements trop prévisibles. Le personnage du professeur fasciste et blasé joué par Daniel Auteuil est très bien mis en scène, il a su faire ressortir le comique grossier du professeur. Camélia Jordana a également bien intégrée son rôle d’étudiante indignée. Elle ajoute du dynamisme au film par son caractère fort. Les plans sont bien tournés et le montage donne un bon rythme au film, cela lui donne un coté moderne ramenant à l’actualité. Les places dans l’espace choisi sont très appropriées, par leur grandeur reflétant la distance qu’il peut y avoir entre les deux personnages. Le travail d’éclairage est approprié avec des tons plutôt froids et neutres lors des échanges cyniques entre le professeur et l’étudiante. Cela creuse d’avantage le fossé entre ces deux derniers.

Jalouse

Par Aisha Cloutier, L’institut national de l’image et du son, Montréal

Cette hilarante comédie française de David et Stéphane Foenkinos nous présente un personnage principal des plus attachants d’une manière assez originale. En effet, Nathalie Pêcheux (Karin Viard), malgré le fait qu’elle est jalouse, ne semble jamais s’en apercevoir; contrairement aux personnes qui l’entourent. Cette différence de perception donne lieu à des répliques au rythme parfait qui fait éclater l’audience de rire. Ce choix de garder un personnage dans l’ignorance nous permet ainsi de compatir avec les autres personnages qui vivent ces situations qui semblent irréelles. En ce qui a trait au scénario, le film nous surprend constamment, plantant des éléments subtils de façon à ce que nous ne nous en apercevions pas sur le coup. La réalisation a semé des indices au fil des séquences nous permettant de comprendre avec humour la folie du personnage principal. Il s’agit d’une très bonne comédie à voir en bonne compagnie!

Les enfants de la chance

Par Sarah Klein, Lycée de l’image et du son, Angoulême

« Les enfants de la chance est une comédie dramatique française réalisé par Malik Chibane, avec comme acteur principaux, Matteo Perez dans le rôle de Maurice Gutman, Philippe Torreton dans le rôle du docteur David. Ce film est tiré d’une histoire vraie. Le fait de nous mettre dans le monde de l’enfance (de Maurice en particulier) lors de la seconde guerre mondiale est différente et plutôt bien servi car on voit l’impact qu’à la guerre sur eux et leur développement dans un monde déchiré. Les enfants ont bien joué leur rôle, ils ont été drôles et émouvants. Faire chanter les enfants à plusieurs reprises met en valeur l’innocence de ceux-ci envers la tragédie de la guerre. D’après cette histoire vécue dans un hôpital de banlieue parisienne, la sécurité des jeunes a été renforcée par le lieu et surtout par son personnel attachant. Ce film est une perle, il m’a touché, fait rire et aussi réfléchir.

Marvin et la belle éducation

Par Joani Vallespir, Université d’Ottawa

« Marvin ou la belle éducation » a la qualité de se démarquer de la romance rattachée à de nombreux films traitant d’’homosexualité. Il n’y a, ici, pas de recherche du grand amour, mais la recherche identitaire et l’apprentissage de s’aimer soi-même afin d’être capable d’aimer en retour. L’atmosphère est, dès le départ, établie. On découvre Marvin dans les moments tourmentés de sa vie: sa jeunesse dans une famille pauvre et indifférente, ainsi que l’aliénation qui le poursuit jusque dans sa vie de jeune adulte. On alterne en continu avec les scènes du jeune Marvin et celles de l’adulte qu’il devient à travers des sauts dans le temps justifiant l’errance du personnage. C’est en prenant le long et étroit chemin du théâtre que Marvin témoigne de ce qu’il est dans une intention de libération qui, graduellement, lui permet de se découvrir, ainsi que sa place dans la société. Cinématographiquement, ce n’est pas seulement l’esthétique visuelle des plans qui captive, mais la justesse des propos échangés entre Marvin et tous ceux qu’il rencontre. La beauté des scènes se trouve dans la proximité des visages à l’écran et dans la complexité des émotions qui se transmettent dans les non-dits. Si l’on attend de la finale un dénouement heureux, il n’y aura ici que le passage du rejet à l’acceptation de soi. En d’autres mots, la fin heureuse n’existe pas. Marvin accomplit son objectif : se faire entendre, se faire comprendre. La recherche de l’être aimé peut enfin commencer.

Jalouse

Par Louis Hamlet, Collège Universe

Prenez une femme divorcée, proche de la ménopause et en quête d’amour, ajoutez un peu d’envie et d’humour et vous obtiendrez Jalouse. Lorsque l’on entre dans la salle de cinéma, il faut avoir comme but de se marrer et de relaxer. Effectivement, si on commence à trop analyser, le film nous semblera déplaisant. Nathalie Pêcheux (Karin Viard), cette professeur de littérature et mère d’une belle jeune fille, ne cesse de nous impressionner par sa capacité à tout faire foirer, vraiment tout, d’où le côté exaspérant! Elle est d’ailleurs excellente dans son rôle : on perçoit le tiraillement et la confusion qu’elle ressent avec perfection. Du coup, on la croit vraiment folle du début à la fin! Les dialogues sont à mourir de rire avec une dose de sarcasme et une franchise inattendue. Pour ce qui est de la réalisation, les frères David et Stéphane Foenkinos n’ont rien laissé au hasard pour s’assurer du comique. Un seul plan de caméra permet de faire rire l’audience et c’est une grande force de ce film. D’ailleurs, Anne Dorval, dans un rôle de soutien, participe brillamment à nous faire rire. Alors, il faut nécessairement aller la voir!