Jean Vanier

Jean Vanier, un fou admirable

OPINION / Il y a de ces êtres qui disparaissent et qui laissent une trace profonde de leur passage sur terre. Dans la nuit du 7 mai 2019, une lumière s’est éteinte en notre monde. À 90 ans, Jean Vanier a rejoint Celui qu’il a vu et touché dans le regard de ses frères et sœurs atteints d’un handicap mental.

À 21 ans, en mars 1973, je m’envolais pour la France et je rejoignais à Trosly-Breuil le fondateur de l’Arche et du mouvement Foi et Lumière. Il n’avait rien du gourou séducteur, du maître manipulateur, mais tout d’un être libre qui respectait son interlocuteur en l’écoutant, l’encourageant, l’accompagnant, et surtout en le laissant libre.

Cet homme de foi, que l’on tutoyait facilement en l’appelant Jean, était profondément humain. Il était un doux géant qui nous grandissait par son humilité. Il a reçu des médailles prestigieuses et les plus hautes décorations, mais sa récompense était de laver la vaisselle avec ses amis handicapés de l’Arche, de chanter et de danser avec eux.

Disciple de Jésus, il mettait la compassion au cœur des relations humaines. Cet ancien officier de la marine britannique avait un sens concret, pratique, pour veiller à l’environnement des adultes ayant une déficience intellectuelle. S’il faisait des erreurs, il le reconnaissait.

L’Arche deviendra une Fédération internationale qui comprendra près de 150 communautés sur les cinq continents. Mais, au début, tout avait commencé petit. Ce Canadien, né à Genève en 1928, deviendra vite un citoyen du monde qui s’ouvrira à toutes les cultures et religions. Profondément catholique, dont le mot signifie « universel », il voulait que l’Arche garde une dimension œcuménique et inter-religieuse.

Jean parlait d’abondance du cœur. S’il a écrit une trentaine de livres, il a surtout prêché des centaines de retraites et prononcé des milliers de conférences, souvent préparés sur un bout de papier. C’était un fou admirable, un saint des Béatitudes, qui a marché sur le chemin de l’Évangile. Peut-être que l’Église le canonisera un jour, et aussi ses parents, Georges Vanier, gouverneur général du Canada, et Pauline Archer, qui terminera sa vie auprès des démunis à l’Arche. Mais leur fils est déjà saint dans le cœur des gens, de cette sainteté de la classe moyenne, de « la porte d’à côté », selon l’expression du pape François. Au lendemain de sa mort, il lui rendait hommage à l’audience générale qu’il présidait place Saint-Pierre. « Que Jean Vanier reste un exemple pour nous tous et qu’il nous aide du Ciel. »

Ce prophète laïc, qui a donné sa vie pour les personnes handicapées, était serein face à la mort. Il était venu une dernière fois au Québec en 2014, à l’occasion des funérailles de son frère, Bénédict Vanier, moine à l’abbaye Val Notre-Dame de Saint-Jean-de-Matha. Il vivait dans l’instant présent et acceptait le dépouillement du grand âge et de la maladie. Mgr Michel Aupetit, archevêque de Paris, est allé le visiter quelques jours avant son décès, il écrivait sur Twitter : « Il était lumineux et joyeux, tout abandonné entre les mains de Dieu, comme un enfant qui va rentrer à la Maison du Père ».

Jacques Gauthier, Gatineau