J'ai fait le choix d'Ottawa

Je déménage à Ottawa. J'y suis née, mais j'ai vécu presque toute ma vie à Gatineau. Je fais partie de cette très grande majorité de Gatinois qui travaillent (ou étudient, dans mon cas) en Ontario, de l'autre côté de la rivière.
Tous ceux qui, comme moi, sont nés dans la région de l'Outaouais connaissent la particularité de notre situation géographique. Nous sommes à part du reste du Québec. Nous avons nos propres expressions, notre propre accent.
Pourquoi avoir choisi de déménager en Ontario? Tout simplement parce que j'ai le choix.
À Gatineau, lorsqu'on n'est pas satisfait des services offerts, on peut aller voir ce qu'on propose de l'autre côté de la rivière.
Insatisfait des centres d'achats? Les magasins de l'Outaouais ne rivalisent en rien avec Bayshore ou le Centre Rideau. On trouve toujours plus de choix à Ottawa, d'autant plus qu'on n'a pas à payer de TVQ, ce qui représente un net avantage.
Insatisfait des offres d'emplois ou des conditions de travail? Bon, il est vrai que le principal employeur de la région est la fonction publique fédérale et que la grande majorité des habitants de la région sont des fonctionnaires, mais ils ne sont pas les seuls à faire le choix de travailler en Ontario. Médecins, infirmières et professeurs sont nombreux à travailler en Ontario à cause des meilleurs salaires et conditions d'emplois.
Insatisfait des choix offerts par les universités ou les collèges en éducation supérieure? Tout simplement pas envie de perdre deux ans dans un programme général au cégep...? Pourquoi ne pas aller sur la rive ontarienne? Je ne critique pas nécessairement la qualité du système d'éducation québécois: je dis simplement qu'il y a bien plus de programmes du côté d'Ottawa, autant en français qu'en anglais.
Insatisfait du système de santé? Les temps d'attentes aux urgences en Outaouais sont les plus longs de la province. Les hôpitaux et cliniques de l'Ontario sont incomparables en terme de qualité et de temps d'attente.
Fière Québécoise et Canadienne
Je suis fière de mon français, de mon Québec, de ma poutine (et tout ça), mais je suis aussi fière d'être Canadienne. Est-ce une contradiction? Je ne crois pas.
Le Canada est un grand pays reconnu internationalement, un pays pacifique et ouvert aux immigrants. Un pays avec diverses provinces, très différentes culturellement et géographiquement, qui réussissent à s'entendre dans le cadre d'une structure fédérale qui permet à chaque entité d'avoir son gouvernement propre.
Par contre, je n'ai jamais autant eu honte d'être Québécoise que depuis l'annonce du projet de Charte des valeurs (que je n'appuie pas). Ce n'est pas tant le projet de loi lui-même qui m'embête, mais tous les commentaires haineux et xénophobes qu'on a pu entendre dans ce débat.
C'est comme si pour exister, pour conserver son statut distinct, le Québec devait constamment avoir un ennemi. Créer une identité, c'est se définir par rapport à l'altérité. C'est définir le «nous» et le «eux». Avant, le «eux», c'était les Anglais; maintenant, ce sont les immigrants - et particulièrement les musulmans -, semble-t-il. Ne sommes-nous une nation assez forte pour se distinguer sans être en guerre avec ceux qui nous entourent?
Face à tout ça, j'ai fait le choix de déménager à Ottawa.
Est-ce que je trahis ma province? Est-ce que je passe du côté de l'ennemi? Certains m'ont fait sentir que oui. À leurs yeux, c'est comme si je changeais de pays, bien que mon passeport reste le même.
Mais pourquoi un tel sentiment d'hostilité envers ceux qui sont différents? Nous devrions être fiers que deux cultures cohabitent dans un seul et même pays.