«Il n’a jamais été possible de réaliser un réservoir amont assez important pour régulariser cette immense rivière des Outaouais qui draine tout l’ouest du Québec et l’est de l’Ontario», indique l'auteur de cette lettre.

Inondations évitables le long de la rivière des Outaouais?

OPINION / Les effets des changements climatiques sont là. Après une période très sèche qui a duré de 2001 à 2012, où on anticipait à long terme un assèchement du bassin du fleuve Saint-Laurent de l’ordre de 24 %, ces dernières années présentent des crues record de probabilité de une fois par 125 années et même plus. Ces changements sont violents.

Pourtant, les terribles inondations survenues ces dernières années n’avaient pas tout à fait leur raison d’être, tant en ce qui concerne le fleuve Saint-Laurent que la rivière des Outaouais. Les mesures qui s’imposent pour chacun de ces cours d’eau sont connues depuis plus d’un siècle.

Il n’a jamais été possible de réaliser un réservoir amont assez important pour régulariser cette immense rivière des Outaouais qui draine tout l’ouest du Québec et l’est de l’Ontario. La topographie ne si prête pas; il faudrait ennoyer un territoire immense.

Déjà, dans les années 1900-1920, le gouvernement fédéral aménageait des réservoirs tels le lac Témiscamingue, le lac Decelles, le réservoir Kipawa et le réservoir Dozois. Se sont ajoutés ensuite, avec le temps, les biefs amont d’une dizaine de centrales. Mais tout ceci demeure nettement insuffisant pour emmagasiner toute l’eau des crues.

Bien pire, ces aménagements ont été construits à des époques différentes, par des entreprises différentes avec des critères techniques différents. On fait face à un fouillis total. Ainsi, l’aménagement de Rapides des Joachims, à l’aval immédiat du lac Témiscamingue, peut déverser une crue de 11 000 M3/S, alors qu’à Gatineau, en plein centre de la capitale nationale, le déversoir qui date de 1908, ne peut passer que 3 950 M3/S. Alors où déverser le reste ? Les 50 petites passes de l’ouvrage sont fermées par des petites poutrelles de bois que l’on ouvre qu’avec des journées de travail. En capacité de déversement, Gatineau-Ottawa constitue le site le moins équipé de toute la rivière des Outaouais et ce, en pleine zone urbaine, dans un site aux rives très basses!

Il faut savoir que la presque totalité de la rivière y est bloquée par la présence de sept vieilles centrales dont cinq étaient fermées depuis des décennies. À la fin des années 1980, on a étudié en vain la possibilité de construire une seule centrale majeure 135 mégawatts, ce qui aurait permis de dégager l’ensemble du site pour pouvoir y réaliser d’autres ouvrages de déversement.

Or, bien au contraire, depuis, on procède progressivement et à grands frais à la réfection de ces vieilles centrales. Hydro-Québec a finalement vendu sa centrale et s’est retirée. Il semble impossible d’en venir à une entente avec les nombreuses autres entités de l’Ontario impliquées dans le site. Dans un tel contexte, il est difficile d’entrevoir comment le problème d’inondation de l’agglomération de Hull-Gatineau pourrait éventuellement être résolu.

Le fleuve Saint-Laurent

Cette question concerne toutes les inondations qui se produisent dans la région de Montréal. En effet, en réalisant un barrage de contrôle de l’ordre d’un mètre de hauteur à Sarnia, tel que proposé depuis un siècle, à la sortie des immenses lacs Huron et Michigan, tout le volume d’eau des excédentaire des crues s’y accumulerait en environ un pouce d’épaisseur. Cet ouvrage à lui seul permettrait de réduire d’environ un tiers le débit du fleuve dans la région de Montréal pendant les périodes critiques de crues, ce qui suffirait pour le réduire à son débit normal.

Ensuite, tout s’enchaîne. En abaissant à son niveau normal le lac St-Louis, le lac des Deux-Montagnes pourrait alors à nouveau s’y vider normalement autour de l’Île Perrot, à Vaudreuil et à Sainte-Anne de Bellevue, plutôt que d’être refoulé vers la rivière des Prairies et la rivière des Mille Îles, émissaires bien insuffisants pour évacuer les eaux de l’immense rivière des Outaouais !

Encore mieux, plutôt que d’être perdue, l’eau des crues ainsi mise en réserve sur les lacs Huron et Michigan, pourrait ensuite être turbinée pendant le reste de l’année sur les centrales du fleuve Saint-Laurent à la fois pour produite environ 11 TWH d’énergie additionnelle dans les centrales existantes et à la fois utilisée pour corriger les périodes sèches.

La gestion des eaux du fleuve Saint-Laurent constitue l’exemple parfait des mesures à prendre pour corriger et se protéger des effets des changements climatiques !

L'auteur est F.-Pierre Gingras, de Prévost.