Les femmes ne représentaient, en 2016, que 27 % des effectifs dans les technologies de l’information.

Inclusion: les technologies doivent montrer la voie

OPINION / Avec un taux de chômage à 5,2 %, la pénurie de main-d’œuvre spécialisée n’a pas fini de préoccuper le monde économique du Québec. Parmi tous les secteurs touchés par cette nouvelle réalité, celui des technologies est sans aucun doute le plus susceptible d’en pâtir alors que le talent y est de plus en plus recherché. Dans ce contexte, le secteur des technologies doit aujourd’hui montrer l’exemple et agir en chef de file en matière d’inclusion.

Alors que le Québec surpasse la moyenne nationale lorsqu’il est question de la présence des femmes sur le marché du travail, celles-ci ne représentaient, en 2016, que 27 % des effectifs dans les technologies de l’information, un recul de 3 % comparativement à 2011. 

De plus, elles ne sont que trop rarement à la tête d’entreprises, et ce, malgré un taux de diplomation de plus en plus élevé. De la même façon, les effectifs en entreprise reflètent très peu la diversité culturelle qui alimente le Québec. Alors que la concurrence mondiale est de plus en plus vive et que les grands joueurs s’arrachent les talents, l’industrie ne peut rester les bras croisés. Il est temps qu’il y ait une véritable prise de conscience et que l’industrie des technologies se donne les moyens de faire une place plus importante à celles et ceux qui auraient tout avantage à y être intégrés. Nos entreprises ont grand besoin, tout comme notre économie, de ce bassin de talents. 

Au fil de ma carrière, j’ai pu constater à quel point le Québec excelle en matière de créativité, d’ingéniosité et de technologies. Curieux, à l’affût des tendances, de nombreux entrepreneurs et dirigeants d’ici ont su créer et saisir les opportunités. Innovatrices, les solutions développées chez nous sont utilisées sur les cinq continents et les entrepreneurs à succès sont devenus de fiers ambassadeurs du savoir-faire des gens d’ici. Bien que les entreprises du secteur soient souvent des secrets trop bien gardés, notamment auprès des Québécois eux-mêmes, elles profitent aujourd’hui d’une confiance renouvelée. Le Québec décomplexé veut et peut conquérir la planète ! Il est clair que les entreprises d’ici sont en mesure de développer des alliances et de conquérir de nouveaux marchés. En matière de talents, nous n’avons rien à envier aux Silicon Valley de ce monde. Nos créateurs et nos ambassadeurs sont tout aussi brillants et talentueux !

Pour réussir et libérer tout notre potentiel, notre industrie doit absolument accorder une plus grande attention à la dimension humaine du travail. 

Au-delà des affaires, au-delà de la techno, c’est la capacité des organisations à faire une place à la diversité des profils, à la multiplication des points de vue, qui nous permettra d’être plus créatifs et surtout plus productifs. Plusieurs y sont déjà arrivés et figurent parmi les exemples du secteur, mais c’est toute l’industrie qui doit ouvrir toutes grandes ses portes pour, notamment, accueillir davantage de femmes et plus de diplômés étrangers. Que ce soit grâce à des programmes adaptés ou à des alliances avec les nombreuses initiatives présentes dans la société civile, l’industrie doit revoir ses codes dominants pour que les recrues demeurent dans le secteur, mais aussi gravissent les échelons et contribuent à son développement. Et au-delà des programmes et autres enjeux, notre attitude individuelle et collective sur les questions touchant la diversité sous toutes ses formes est un facteur clé de succès de cette démarche.

Alors que la Chine cogne aux portes de nos universités, qu’elle recrute des chercheurs en leur proposant parfois des millions de dollars, c’est en créant un environnement de travail plus inclusif et hétérogène que nous serons mieux en mesure d’assurer le dynamisme des technologies et la prospérité des entreprises québécoises, pour continuer d’en faire un objet de fierté qui rayonne ici et à travers le monde.

L'auteure Isabelle Bettez est présidente d’honneur de la Journée informatique du Québec 2018 et cofondatrice de 8D Technologie.