Une société ne se résume pas à un groupe quelconque d’individus ayant en commun une ou plusieurs caractéristiques socioculturelles.

Immigration et culture : un dilemme ?

OPINION / Pour bien comprendre ce que peut signifier l’arrivée massive d’immigrants dans son propre milieu, il importe de bien comprendre les notions de société et de culture.

Une société ne se résume pas à un groupe quelconque d’individus ayant en commun une ou plusieurs caractéristiques socioculturelles. Cela est de nature beaucoup plus complexe.

Pour que l’on puisse parler de société, une population de taille suffisante doit former un système social dont la finalité est normalement la recherche pour ses membres du mieux-être individuel et collectif à travers le temps. Elle existe lorsque ses membres en ont conscience et qu’ils s’y identifient.

Pour réaliser ses fins, la société recourt à différents sous-systèmes qui répondent aux besoins humains que sont, notamment 1) la protection et la sécurité des membres et du territoire qu’ils habitent ; 2) la production de biens économiques et socioculturels ; 3) le renouvellement constant de la population ; et 4) la satisfaction la plus complète possible de l’ensemble des besoins individuels.

D’autre part, un système social comporte un contexte dans lequel vit la société. Ses principales dimensions sont : 1) l’habitat d’où la population tire ses ressources ; 2) la technologie à laquelle elle recourt ; 3) l’existence de populations concurrentes voisines ; 4) les valeurs dominantes qui orientent l’action et 5) l’idéologie politico-économique du système plus large dans lequel elle baigne.

Les populations changent continuellement sous l’effet de la natalité et des migrations qui sont les principaux facteurs qui en modifient le profil. L’équilibre entre le statu quo et le changement étant dynamique, cela entraîne régulièrement des conflits qu’il faut régler à l’avantage du plus grand nombre.

La culture est, par ailleurs, le produit du système social et s’incarne dans des institutions, des lois et des valeurs. Un langage commun les unit.

La culture possède une certaine adaptabilité, mais elle ne peut se transformer rapidement radicalement. En cas de pressions intenses venant de l’extérieur comme celles exercées par l’immigration, il y a alors risque dans une telle éventualité de voir les mécanismes de défense du système social (contrôle social) se mettre en activité pour provoquer le rejet de nouveaux arrivants parce que leur venue crée de l’incertitude culturelle, menace l’équilibre démographique et suscite la peur, réelle ou imaginaire, de perdre le contrôle de son propre territoire.

Or, les mouvements migratoires récents dans nos sociétés ont montré qu’il existe un décalage important entre la capacité d’accueil des sociétés et les besoins à combler. Le processus de transformation des valeurs que cela suppose étant très long, le temps manque et il faut s’attendre à des perturbations sociales de plus en plus fréquentes et graves en lien avec ce déficit d’adaptabilité.

De plus, en terminant, les Chartes des droits véhiculent des valeurs libérales progressistes et universalistes qui entrent en opposition avec les valeurs de sécurité et de conservation qui logent inconsciemment au fond des populations dans le système social.

Donc, protection et sécurité des membres et du territoire ou renouvellement de la population par une immigration pas toujours désirée ? Voilà le dilemme à résoudre.

Ce texte a été écrit par Jacquelin Robin de Gatineau.