Un réseau canadien permettrait notamment à Hydro-Québec de cesser de vendre à nos voisins du sud, à un prix dérisoire, de l’énergie dont le coût de production est souvent de deux à trois fois plus élevé dans les provinces voisines.

Il faut un Réseau électrique canadien

OPINION / La réalisation de ce projet de réseau transport haute-tension national est discutée depuis possiblement une quarantaine d’années, notamment par l’Institut C. D. Howe, l’Institut Fraser et autres. L’énergie électrique étant de juridiction provinciale, il semble cependant impensable de réussir à former une équipe avec nos premiers ministres.

Pourtant, un tel réseau permettrait notamment pour Hydro-Québec de cesser de vendre à nos voisins du sud, à un prix dérisoire, de l’énergie dont le coût de production est souvent de deux à trois fois plus élevé dans les provinces voisines. Rappelons qu’à l’automne 2017, l’Institut Fraser estimait que l’Ontario avait perdu récemment 70 000 emplois à cause du coût élevé de l’électricité. C’est avec notre propre énergie que les États-Unis déplacent nos usines chez eux !

De prime abord, ce projet semble gigantesque. En effet, il exige la construction d’environ 14 000 kilomètres de lignes de type 735 000 KV ou 9 000 kilomètres en y intégrant des lignes à courant continue. Son envergure est à peine plus considérable que le réseau actuel d’Hydro-Québec. À un coût de quelques 24 milliards $ de 2019, excluant les postes, sa construction serait répartie sur plus de deux décennies, le temps de construire les centrales hydroélectriques, éoliennes, solaires et autres dont plusieurs sites qui sont trop isolés actuellement pour être rentables On parle donc d’un rythme d’investissement annuel de l’ordre de un milliard de dollars, rien d’énervant.

On pourrait ainsi déplacer en réserve de pointe ou fermer un parc de centrales polluantes d’une puissance de plus de 30 000 MW, lequel génère de 15 à 18 % des émissions de gaz à effet de serre du Canada. Une fois l’énergie propre et abordable disponible, nul doute que d’autres besoins s’ajouteront comme le chauffage des bâtiments actuellement au gaz et l’électrification des transports. Même l’exploitation des sables bitumineux pourrait être électrifiée !

Il appartient au gouvernement du Canada, non pas d’imposer ce projet aux provinces, mais de provoquer et d’inciter les provinces à s’impliquer progressivement dans celui-ci.

Avec les taxes et impôts générés notamment par la construction des centrales et des barrages, il pourrait d’ailleurs en financer complètement la réalisation plusieurs fois.

Malheureusement, nos hommes politiques actuels n’ont peut-être plus le leadership et la vision de leurs prédécesseurs, de ceux qui ont bâti le Canada en réalisant d’immenses projets comme, le Transcontinental, Radio-Canada, la Voie maritime du St-Laurent, Air Canada, le système de santé, la route Trans-Canadienne et autres.

L’élection en cours est la première où on fait enfin mention de cette notion de corridor d’énergie !

François-Pierre Gingras,

Membre, Centre Bowman pour l’énergie durable