Il faut rouvrir les centres d’entraînement, Dr Arruda

À vous la parole
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Le Droit
OPINION / Lettre au Dr Horacio Arruda, directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint,

Le 10 octobre dernier, le ministère de la Santé et des Services sociaux donnait suite à votre recommandation d’imposer le niveau d’alerte maximale à la ville de Gatineau, entraînant du même coup la fermeture presque complète de la Sporthèque de Hull, l’entreprise que je dirige et qui se consacre depuis 35 ans à l’amélioration de la santé physique de nos concitoyens.

Je suis bien sûr préoccupée par rapport aux impacts de cette mesure extrême sur l’avenir de la Sporthèque et sur notre centaine d’employés, mais je me soucie tout autant d’effets néfastes durables sur la santé de nos clients. Sans raison valable, la fermeture ordonnée des gymnases en zone rouge place nos établissements et nos services du côté du problème, alors qu’ils appartiennent manifestement à la solution de la santé globale. De plus en plus d’inquiétudes se manifestent dans les milieux scientifiques quant aux effets néfastes de l’accélération de l’inactivité physique pendant la pandémie. La sourde oreille que vous faites face à ces enjeux démontre que vos recommandations se situent, dans le cas des gymnases, à contresens de la protection de la santé globale à laquelle vous êtes obligé. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) publiait il y a à peine deux ans un plan d’action devant conduire à la réduction de l’inactivité physique de 10% d’ici 2025, et de 15% d’ici 2030, établissant clairement un lien de cause à effet entre l’activité physique et la santé morale et globale de la population. L’heure n’est donc pas de diminuer les occasions de bouger, mais bien de les maintenir, voire de les augmenter dans un cadre le plus sécuritaire possible.

Permettez-moi de faire appel à l’expérience de la Sporthèque face à la gestion de mesures sanitaires rigoureuses. Pour assurer la protection de nos clients et de nos employés, nous avons mis en place en place des protocoles sévères et rigoureux, encourant du même coup des dépenses appréciables. Notre performance parle d’elle-même : entre le 22 juin, date de réouverture des gymnases, et le 10 octobre, date de notre seconde fermeture, nous avons accueilli 45 000 visiteurs sans déplorer un seul cas d’infection à la COVID-19.

C’est pourquoi je regrette aussi amèrement que vos recommandations accentuent la vulnérabilité de nos clients, de nos employés et de nos concitoyens dont la santé globale est primordiale. Notre entreprise a elle-même donné sa raison d’être à la promotion et à l’amélioration de la santé. Lui couper aujourd’hui une aile peut compromettre irrémédiablement sa mission, pourtant rendue essentielle par la pandémie. La cohérence de vos décisions défie toute logique. Comment les risques de propagation peuvent-ils être plus élevés entre un entraineur et son client qu’entre un masseur et la personne installée sur sa table ? Comment croire que les kinésiologues ne puissent être aussi efficaces que les coiffeurs, les esthéticiens, les soigneurs, les thérapeutes pour assurer la protection sanitaire de leurs clients ? Avec le mois de novembre qui est à nos portes, et toute son incidence historique sur la santé mentale, je vous implore de démontrer que vous croyez en la valeur de l’activité physique en accroissant les occasions de la pratiquer sainement plutôt qu’en réduisant une offre de qualité à la portée de tous.

La Sporthèque et les gymnases du Québec mettent à la disposition de leurs clients un cadre professionnel rigoureux, avec des entraîneurs qualifiés et responsables. Ils ont su faire la preuve qu’il n’y avait pour eux aucune demi-mesure pour empêcher la contamination. La santé globale, physique et morale, est dans notre nature profonde et nous croyons fermement à son importance et à sa valeur au sein de la chaine des services de santé de notre société. Il suffit pour la direction nationale de la santé publique d’y croire et de prendre toutes les mesures pour que les Québécois bougent davantage, en autorisant la réouverture des centres d’entrainement. Elle contribuera de la sorte à remettre encore plus de travailleurs de l’activité physique au travail et à préserver un écosystème fragile, au bénéfice de l’ensemble du Québec.

Elaine Dupras, directrice générale et associée Sporthèque de Hull