L'auteure du texte raconte son arrivée tumultueuse au Canada depuis la France, en pleine pandémie mondiale.
L'auteure du texte raconte son arrivée tumultueuse au Canada depuis la France, en pleine pandémie mondiale.

Histoire d’une arrivée époustouflante à Ottawa

OPINION / Mon arrivée au Canada en tant que résidente permanente venue de France en pleine crise de la COVID-19 s’est réalisée dans des conditions extraordinaires. J’ai le sentiment d’avoir été exfiltrée et parachutée à Ottawa selon diverses étapes dignes d’un film d’espionnage.

La crise sanitaire a mis un point d’arrêt à de nombreux projets à travers le monde, dorénavant en suspens. Je fais partie des heureux à être parvenus, malgré la gravité des événements, à réaliser mon projet de vie. En bénéficiant d’un timing parfait. 

Un départ compromis 

En tant que nouvelle résidente permanente en Ontario, ma situation était urgente. C’était le tout début du confinement en France (le 17 mars) et la société internationale de déménagement ne pouvait me certifier que le transfert de mes boîtes vers le Canada, initialement prévu début avril, allait pouvoir être effectué. 

En outre, mon billet d’avion, réservé pour la mi-avril, était annulé, mais j’étais déjà désengagée de mes obligations dans mon pays d’origine, notamment de mon emploi et de mon logement. J’avais déjà trouvé un emploi à Ottawa, ainsi qu’un appartement. J’étais prête à faire le grand saut. Le véritable changement de vie déjà entamé était compromis par la crise sanitaire de portée internationale. 

J’ai décidé de poursuivre le projet sur les conseils de l’Union des Français de l’étranger (UFE Ottawa), cela malgré le défi, l’incertitude et l’inconnu que la situation représentait. 

J’ai procédé étape par étape. Se succédèrent les difficultés à résoudre et les obstacles à surmonter, mais avec un atout : la faveur d’une excellente information. À la clé : le succès. Deux facteurs furent décisifs : la société internationale de déménagement m’a finalement donné l’accord final. Ceci malgré le confinement, pour « raison d’urgence ». Enfin, l’UFE Ottawa m’a informée qu’Air France avait mis à disposition des voyageurs vers le Canada des solutions d’acheminement à bas coût (jusqu’à Montréal seulement) et pour les derniers jours de mars. Envers et contre tout, ces dispositions de dernière minute ont changé la donne, alors que le temps était compté. En tant que résidente permanente, donc ressortissante du Canada, j’étais autorisée à entrer sur le territoire, en dépit de la fermeture des frontières. Encore fallait-il franchir l’Atlantique ! Les prix des ultimes billets avant suspension des vols internationaux de passagers ayant explosé (certains billets pour Ottawa dépassaient les 3 000 $), nombreux ceux qui – faute de moyens – se sont résolu à rester au sol.

L’attente de cinq heures au Terminal 2 de l’aéroport Charles-de-Gaulle m’a paru fantasmagorique. Tels des personnages d’un film de science-fiction, des voyageurs en direction de Shanghai vêtus de combinaisons blanches se déplaçaient. Des fantômes. J’étais d’autant plus animée par le sentiment d’être privilégiée en embarquant. 

Un hébergement inespéré 

Il aurait en outre été impossible de mettre mon projet à exécution sans l’aide inespérée de l’Union des français de l’étranger, chapitre d’Ottawa. L’association m’a trouvé une solution d’hébergement chez des particuliers pendant les 14 jours de quarantaine à mon arrivée, après quelques péripéties supplémentaires, le 27 mars, mon futur logement m’imposant d’effectuer ma quarantaine hors de ses murs. Cela a impliqué une organisation domestique spécifique afin de respecter les directives sanitaires. 

Peu de portes se seraient ouvertes dans ces conditions. Les hôtels à Ottawa étant fermés : la solution représentait la condition sine qua non pour pouvoir m’installer en Ontario. L’arrangement s’est ramené à appliquer les mesures de distanciation sociale et des règles d’hygiène exigées : isolement dans une chambre régulièrement aérée, salle de bains réservée, repas pris à part avec des ustensiles réservés, suivis de la désinfection des surfaces, le moins possible de contact avec les habitants de la maison et port d’un masque si nécessaire. On déposait l’épicerie à l’extérieur, sur le parvis, en « décontamination ».

L’essence du bénévolat 

Par les applaudissements collectifs, notamment sur les balcons de Paris, la population française remercie et rend hommage tous les soirs à 20 h aux soignants, les sauveurs de la population, éléments essentiels de la société. Leur profession les expose au virus. D’autres s’engagent pour des situations de détresse différentes. À situations exceptionnelles, personnes d’exception. Dans les cas extrêmes, de vrais alliés peuvent se manifester. Les États s’efforcent de permettre à leurs ressortissants de rentrer chez eux de tous les pays : nombreux sont ceux encore bloqués à l’étranger, faute de vols. Mais pour les cas particuliers, les associations de bénévoles prennent tout leur sens dans le soutien supplémentaire qu’elles offrent, aux côtés des missions diplomatiques et des gouvernements.

Je remercie infiniment toute l’équipe de l’Union des Français de l’étranger pour son engagement. Par le sens de la solidarité et la conscience de leur mission en tant que bénévoles, tous ont pris l’initiative de me permettre de mener mon départ à son terme et de réaliser mon projet de vie. 

L'auteure du texte est Julie Valet, journaliste d'Ottawa.