En juin 2019, un étudiant noir a été interpellé et sommé de présenter des cartes d’identité par des agents du Service de la sécurité de l’Université d’Ottawa.

Halte au racisme dans nos universités

S’il est une institution, en raison de sa fonction éthique, où il ne devrait pas avoir du racisme, c’est bien l’université. Et pourtant, les attitudes ou comportements racistes qu’on peut observer au sein de la société globale son également observés dans les universités de plus en plus ethnoculturelles.

En juin 2019, un étudiant noir a été interpellé et sommé de présenter des cartes d’identité par des agents du Service de la sécurité de l’Université d’Ottawa, alors qu’il faisait de la planche à roulettes sur le campus. Une enquête indépendante commanditée par la direction de l’Université arrive à la conclusion que l’étudiant a été victime de discrimination raciale.

En octobre dernier, un employé de cafétéria à l’Université du Québec en Outaouais a proféré des injures de discrimination raciale à l’endroit d’une étudiante noire. L’employé a été congédié. Ailleurs, on constate également des actes à caractère discriminatoire et raciste comme le montrent les études et enquêtes des professeurs titulaires des Chaires de recherche ou des observatoires des questions de race et d’ethnicité dans les autres universités québécoises et canadiennes. On parle même de « racisme structurel » qui se manifeste par des pratiques d’embauche, de promotion du corps professoral ou d’autres personnels, dans la recherche et dans les cours.

Qu’est-ce que le racisme ? D’où vient-il et comment se manifeste-t-il ? Que faire ? 

Au-delà des définitions, les auteurs s’accordent pour dire que le racisme est un rapport de pouvoir, de domination qui se justifie par ce qu’on appelle la racisation, c’est-à-dire le classement des races sur une échelle de valeur en «races supérieures» et «races inférieures». Des tares, des jugements de valeurs négatives, des préjugés, des idées fausses et douteuses, des stéréotypes attribués aux «races inférieures» selon la couleur de la peau ou de l’origine ethnique: racismes anti-noir, anti-amérindien, anti-arabe, anti-juif (antisémitisme), anti-rom, etc. Même les Blancs en situation de minorité n’y échappent pas (racisme anti-blanc).

On justifie ces caractéristiques «ontologiques». Par exemple, dans le cas du racisme anti-noir, il faut remonter à l’interprétation tendancieuse de l’Ancien Testament selon laquelle, les Noirs, ces «visages brûlés», sont des descendants de Cham, le fils maudit de Noé, qui montra à ses frères la nudité de leur père ivre. Or rien, dans le texte hébreu, n’indique pas qu’un groupe humain à peau particulière soit attaché à la descendance de chacun des fils de Noé. Cependant, dès les débuts du christianisme, on a considéré la «race noire» comme celle qui descend de Cham.

La théorie «naturaliste» du criminologue américain de renom J. Wilson donne même une explication biologique au racisme. Celui-ci serait «inscrit dans la nature humaine». Cette théorie est fallacieuse. En effet, si elle s’avère juste, ce n’est sûrement pas à partir d’une intuition émanant de la nature humaine qu’une personne pose un jugement de valeur positif ou négatif à propos d’une race. Par ailleurs, suite à une éventuelle découverte du «gène du racisme» par la génétique moléculaire, on n’aura pas pour autant la capacité de produire ni de reproduire une personne aux attitudes et comportements racistes. Ceux-ci résultent de l’interaction entre l’individu et son environnement social.

Le racisme est une construction sociale. On ne naît pas raciste, on le devient. Si la lutte contre l’ignorance humaine et l’éducation des gens sont nécessaires pour lutter contre ce problème social, elles sont cependant non suffisantes. Car l’expression des bons sentiments antiracistes ne change rien à la réalité des personnes racistes. Les universités doivent en plus se doter de politiques et prendre des mesures suffisantes pour changer les conditions institutionnelles qui permettent le racisme et toute autre forme de discrimination. Ainsi elles seront de véritables «univers-cité».

L'auteur du texte est Yao Assogba, professeur émérite à l'Université du Québec en Outaouais.