« La dictature religieuse, qui a pris le pouvoir en 1979 sur une base religieuse — en exploitant le vide laissé par la police secrète du Shah, la Savak — se déchaîne depuis les débuts, contre son opposition, dont les dirigeants furent exterminés au profit des mollahs avec une arme fondamentale : la démagogie », déclare l'auteur de cette lettre.

Guerre psychologique des ayatollahs de Téhéran contre une femme symbole

OPINION / Depuis l’époque de l’Allemagne nazie, aucun État ne s’était permis de recourir à une guerre psychologique contre ses ennemis aussi acharnée que celle conduite par les mollahs iraniens contre leurs adversaires politiques ; à cette différence près que les premiers utilisent pleinement les techniques de communication modernes.

La dictature religieuse, qui a pris le pouvoir en 1979 sur une base religieuse — en exploitant le vide laissé par la police secrète du Shah, la Savak — se déchaîne depuis les débuts, contre son opposition, dont les dirigeants furent exterminés au profit des mollahs avec une arme fondamentale : la démagogie.

Fort de cette technique, ce régime a toujours su exploiter à plein sa capacité à mener des guerres psychologiques visant à ternir l’image de ses opposants. 

Des sommes folles ont été dépensées par le régime pour déformer l’image de son opposition dans le monde entier ; tantôt pour faire croire qu’aucune opposition viable n’existait, tantôt pour affirmer que si celle-ci existait, elle n’était aucunement soutenue par la population. 

Récemment, le très impopulaire ministère iranien des Renseignements (le Vevak) a affirmé, à l’aide d’une identité Twitter usurpée au consul général français à Jérusalem, que la dirigeante de l’opposition iranienne Maryam Radjavi s’était rendue en Israël accompagnée de l’ancien maire de New York, Rudy Giuliani, faisant office d’intermédiaire.

Il n’a fallu que quelques heures au Quai d’Orsay pour dénoncer la manœuvre en annonçant que « le consul général de France à Jérusalem, Pierre Cochard, a été l’objet d’une usurpation d’identité sur le réseau social Twitter ».

En diffusant de telles fausses informations, le régime tentait de ternir l’image de Maryam Radjavi dont le mouvement gagne en popularité en Iran en dépit de lourdes mesures répressives mises en œuvre par le régime.

Des foules fanatisées

En faisant des slogans démagogiques de « mort à Israël », « mort à l’Amérique » une devise principale de la théocratie, les mollahs ont aussi cherché à mobiliser des masses religieuses, en Iran et dans la région, dans le but de propager leurs politiques interventionnistes et terroristes et d’encourager la formation de différentes milices fanatisées.

Musulmane connue pour avoir toujours promu un Islam progressiste, tolérant et pacifique, Maryam Radjavi gagne aussi bien les rues que les cœurs et esprits dans la capitale iranienne pendant et après des émeutes qui depuis décembre 2017, se sont multipliées au point de toucher plus de 160 villes iraniennes.

Issue de dogmes religieux moyenâgeux, la république des mollahs se distingue par sa répression essentiellement misogyne à l’encontre d’une population largement éduquée, aspirant aux valeurs de la civilisation moderne et dont les revendications dépassent de loin les capacités culturelles et idéologiques extrêmement limitées des mollahs.

Les partisans de Mme Radjavi voient en elle une antithèse des mollahs au pouvoir et un antidote à leur violence extrême. 

Ces dernières années, elle a su initier la création des foyers de résistance en Iran dirigés par différents acteurs sociaux, et ainsi créer un vaste réseau populaire dans le pays. 

Le ministère du Renseignement a récemment reconnu qu’un grand nombre de partisans de Mme Rajavi avaient été arrêtés, mais que le mouvement se poursuivait.

Au regard de leur comportement de toujours, on ne pouvait donc que s’attendre à ce que les mollahs tentent à nouveau d’utiliser les méthodes de désinformation en profitant d’une certaine situation chaotique sur les réseaux sociaux pour obscurcir une image respectée et aimée par les jeunes et les femmes qui aspirent à vivre dans un pays démocratique moderne dans lequel tous les hommes et les femmes auront leur place, quelle que soit leur appartenance ethnique ou religieuse.

Soutien de la diaspora

Les récentes manifestations des Iraniens de la diaspora en dehors du pays — à Bruxelles, à Washington, à Londres, à Berlin et à Stockholm — ont été interprétées comme le signe d’une capacité accrue de l’opposition à se mobiliser et à montrer son soutien à une dirigeante musulmane. 

Ses partisans voient en elle, la réponse historique à la version fondamentaliste de l’islam prônée par Khomeiny, fondateur de la théocratie au pouvoir en Iran.

L’année dernière, grâce à une coordination spectaculaire, les polices belge, française et allemande ont déjoué un complot terroriste mené par les mollahs contre le rassemblement annuel de l’opposition, près de Paris, au sein duquel Maryam Radjavi était l’oratrice principale devant près de 100 000 participants. Un diplomate iranien de haut rang, basé en Autriche et arrêté en Allemagne pour avoir fourni du matériel explosif aux auteurs de l’attentat déjoué, reste quant à lui, en détention en Belgique en attendant son procès.

Il faut rappeler que la politique d’apaisement de l’Europe vis-à-vis de la théocratie des mollahs a créé un environnement propice à la guerre psychologique que mènent les mollahs contre leur opposition, encourageant ces derniers dans leurs campagnes de désinformation visant à ternir l’image des leaders de l’opposition progressiste, à l’extérieur du pays.

À la lumière des politiques passées et présentes du régime de Téhéran depuis 40 ans, il est peut-être temps de revoir sérieusement les politiques enracinées dans une propension dangereuse de certaines démocraties occidentales à la complaisance à l’égard d’une tyrannie extrémiste et expansionniste en ce début du XXIe siècle, notamment en tirant les leçons d’une politique similaire désastreuse adoptée avant la Seconde Guerre mondiale, il y a 80 ans.

> Cette lettre a été écrite par Simin Nouri, présidente de l'Association des femmes iraniennes en France.