Grippe ou COVID-19? Comment s’y retrouver!

Guy Boivin MD, MSc, FRCPC
Guy Boivin MD, MSc, FRCPC
Microbiologiste-infectiologue, CHU de Québec
POINT DE VUE / Bien que la plupart des experts s’attendent à une faible activité grippale cet hiver à l’image de la dernière saison dans l’hémisphère sud, il n’en demeure pas moins que les virus de la grippe et celui de la COVID-19 circuleront au sein de la population québécoise au cours des prochains mois. Il semble donc opportun de revoir les caractéristiques propres à ces deux infections virales.

1. Caractéristiques virologiques (Tableau 1)

La grippe est causée par les virus influenza A et B. Les virus influenza A comprennent de plus de nombreuses variantes appelées sous-types, comme par exemple les virus H1N1 et H3N2. Quant à la COVID-19, elle est causée par un nouveau coronavirus appelé SARS-CoV-2 par homologie avec le virus SARS-CoV-1 à l’origine du SRAS en 2002-2003. Ces virus possèdent des récepteurs cellulaires différents; alors que les virus influenza se lient à un sucre (l’acide sialique) qui tapisse les voies respiratoires (trachée, bronches, poumons), le nouveau coronavirus se lie au récepteur de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 (ACE2) qui se retrouve non seulement au niveau des voies respiratoires, mais aussi dans plusieurs autres organes tels les intestins, le cœur et les vaisseaux sanguins, le foie, le cerveau, etc. La localisation spécifique de ces récepteurs explique la symptomatologie propre à chaque infection virale. De plus il a été rapporté que les virus influenza mutent beaucoup plus fréquemment que les coronavirus (jusqu’à 10 x plus) et ce facteur est important à considérer pour comprendre les échecs vaccinaux.

Caractéristiques virologiques

2. Caractéristiques cliniques (Tableau 2)

Les deux types d’infection peuvent provoquer des symptômes respiratoires (toux, mal de gorge) en plus de symptômes systémiques (fièvre, douleurs musculaires). En raison de récepteurs disséminés dans tout le corps, la COVID-19 est associée à une panoplie de symptômes non respiratoires tels que la diarrhée, l’anosmie (perte de l’odorat) et la dysgueusie (altération du goût). Plusieurs études ont rapporté que l’anosmie était caractéristique de la COVID-19 et pouvait être retrouvée chez près de 60 % des sujets infectés. La période d’incubation qui se définit comme la période entre le contact et le début des symptômes est beaucoup plus courte dans le cas des virus influenza ce qui rend plus difficile le traçage des contacts étant donnée la nature «explosive» de l’infection grippale. Quant à la contagiosité, dans les deux cas, un individu infecté peut être contagieux avant et jusqu’à 7 à 10 jours après le début des symptômes. Des infections asymptomatiques sont possibles pour les deux virus.

Chaque sujet infecté contamine en moyenne 1.5 individu dans le cas de la grippe et 2 à 2.5 autres dans le cas de la COVID-19 (ceci correspond à la variable Ro). La transmission par gouttelettes infectées constitue le mode prédominant de contamination pour les deux virus. De façon accessoire ces virus se transmettent également via des surfaces contaminées (ex. : poignées de porte) et possiblement par des aérosols (fines gouttelettes) sur de plus longues distances.

La mortalité de la grippe saisonnière est typiquement ≤0.1 % alors que celle de la COVID-19 a été initialement établie à 1-3 %. Dans les deux infections, le taux de mortalité augmente significativement avec l’âge (≥ 60 ans). Parmi les autres groupes à risque de complication suite à la grippe, on note les jeunes enfants (<5 ans), les personnes avec maladies chroniques sous-jacentes, les sujets avec obésité importante et les femmes enceintes. Les mêmes facteurs de risque se retrouvent pour la COVID-19 à l’exception des jeunes enfants et des femmes enceintes qui ne semblent pas plus à risque que la population générale.

Caractéristiques cliniques

3. Mesures d’intervention (Tableau 3)

La confirmation des diagnostics de la grippe et de la COVID-19 se fait par un test moléculaire (PCR) à partir d’un écouvillon nasopharyngé. Au cours de la saison grippale les tests PCR seront de type multiplex, i.e. qu’ils permettront le diagnostic simultané des virus influenza et du coronavirus pandémique. Pour remplacer le désagréable écouvillon nasopharyngé, des tests faits directement sur la salive s’avèrent une alternative intéressante du moins pour la COVID-19.

L’utilisation d’un antiviral tel que l’oseltamivir (communément appelé Tamiflu®) est réservée au traitement de la grippe sévère ou rapidement progressive et chez les sujets à risque de complications. Malgré des études contradictoires, le remdesivir est le seul antiviral actuellement approuvé pour le traitement de la COVID-19 en particulier chez les personnes qui requièrent de l’oxygène supplémentaire et qui présentent une pneumonie. De plus, l’utilisation de la dexaméthasone (une molécule anti-inflammatoire) est une pratique courante chez les patients avec COVID-19 qui séjournent à l’unité des soins intensifs.

Mesures d’intervention

La vaccination demeure l’arme privilégiée pour prévenir les infections virales et leurs complications. Dans le cas de la grippe, des vaccins inactivés avec la formaldéhyde et qui sont administrés annuellement sont communément utilisés. De même, un vaccin vivant atténué est recommandé chez les enfants de 2 à 17 ans. Du côté de la COVID-19, aucun vaccin n’est encore homologué par la FDA américaine ou par Santé Canada. Les vaccins les plus avancés, i.e. en phase clinique 3 sont principalement des vaccins à base d’ARN et des vaccins avec vecteurs viraux exprimant la protéine virale de surface appelée Spike ou protéine S. À noter que ces plateformes vaccinales ne font partie d’aucun vaccin humain approuvé jusqu’à maintenant. De plus, on ne connait pas encore la durée de protection de ces nouveaux vaccins.

Dans le but de préserver au maximum notre capacité d’hébergement à l’hôpital et aux soins intensifs, les infections causées par les virus influenza et le coronavirus pandémique devront être activement recherchées, diagnostiquées et traitées. Finalement, des données préliminaires obtenues au printemps dernier en Angleterre font état d’une mortalité accrue en cas d’infection simultanée par les deux virus. À suivre…

Bon hiver 2021, malgré tout!

Image microscopie électronique du coronavirus
Image microscopie électronique du virus influenza