La bibliothèque Guy-Sanche à Gatineau.

Exploitons le potentiel de nos bibliothèques

OPINION / Avec ses 1 055 points de service, la bibliothèque publique est implantée partout sur le territoire québécois et est l’une des seules institutions culturelles gratuites et ouvertes à tous les citoyens, peu importe leur âge, leur statut socioéconomique, etc.

Au courant des dernières années, de superbes bibliothèques ont été bâties, rénovées ou encore dotées d’espaces de création numérique. Tous ces nouveaux aménagements devraient permettre aux bibliothèques publiques d’assumer leur rôle social important et d’accomplir leurs missions diverses et précieuses que sont l’information, la culture, l’alphabétisation et l’éducation.

Pourtant, dans la très grande majorité des cas, les bibliothèques ne sont pas en mesure d’assumer pleinement ces rôles. Malgré de beaux édifices, des collections riches et variées, une offre de services qui se multiplie pour mieux répondre aux besoins des citoyens, un enjeu récurrent perdure : le manque de financement alloué aux ressources humaines, empêchant l’accès à ces équipements fondamentaux pour le développement des individus et des collectivités.

Par conséquent, de nombreuses bibliothèques n’offrent que des heures d’ouverture restreintes, qui ne répondent pas nécessairement aux besoins des citoyens. De plus, le manque d’effectif empêche les bibliothèques d’offrir un service à la clientèle à la hauteur de ce que les citoyens seraient en droit de s’attendre.

Sachant que 53,3 % des Québécois de 16 à 65 ans éprouvent des difficultés de lecture les empêchant de comprendre des textes longs, comment pouvons-nous nous permettre, comme société, de restreindre à ce point l’accès aux bibliothèques publiques, dont le principal mandat est, justement, de développer et de soutenir le goût de la lecture et de faciliter l’accès à la culture sous toutes ses formes ?

Dans les bibliothèques performantes, les citoyens sont accueillis par du personnel qualifié et en quantité suffisante, selon des plages horaires étendues (plus de 80 heures par semaine). Le personnel dirige les usagers vers les ressources dont ils ont besoin, les techniciens de la documentation et les bibliothécaires assument pleinement le fonctionnement de la bibliothèque et développent une offre de services à l’intention de tous les citoyens.

Malheureusement, ce ne sont pas tous les Québécois qui ont accès à une telle qualité de service, pourtant si habituelle pas plus loin que chez nos voisins ontariens. Comment se fait-il qu’au Québec, au moins 65 % de nos bibliothèques publiques autonomes (dans les municipalités de plus de 5 000 habitants) ne fonctionnent qu’avec quatre employés ou moins ? Comment se fait-il que 17 % des bibliothèques publiques autonomes n’ont à leur emploi ni bibliothécaire ni technicien de la documentation, pourtant les deux formations directement liées au travail en bibliothèque ?

En ce sens, le véritable enjeu pour les bibliothèques publiques demeure la capacité à faire profiter pleinement les citoyens de leurs ressources et de leurs services. Des actions sont donc nécessaires à court terme pour amorcer un virage significatif afin d’exploiter les bibliothèques publiques québécoises de sorte qu’elles remplissent leur rôle socio-économique et qu’elles aient ainsi un impact profitable sur le Québec. Alors que la Semaine des bibliothèques publiques s’est récemment terminée, posons-nous la question : Quand les bibliothèques du Québec cesseront-elles d’être considérées comme de simples entrepôts de livres voués au divertissement de la population et pourront-elles jouer pleinement leur rôle ?

Ce texte a été écrit par Eve Lagacé, directrice générale de l'Association des bibliothèques publiques du Québec.