Martine Ouellet, actuelle cheffe du Bloc québécois

Éviter l’implosion du Bloc québécois

Martine Ouellet, l’actuelle cheffe du Bloc québécois, doit se rendre à l’évidence. Malgré ses belles qualités, sa grande force de persuasion et sa farouche détermination, elle n’est plus la femme de la situation pour piloter la voix du Québec à Ottawa: elle semble incapable de travailler en équipe, de faire des compromis et de trouver des solutions. Le type de leadership qu’elle pratique ne convient plus et ne fait qu’accentuer la crise qui perdure.

Gérer et administrer demande de la patience, du tact et de la diplomatie. Du leadership certes, mais aussi de l’écoute et de l’imagination, ce qui semble présentement lui faire défaut. Il faut bien plus qu’avoir une porte ouverte pour rassembler. Il faut savoir accueillir les doléances de ses collaborateurs et surtout être capable d’en tenir compte, car la politique est l’art du possible.

Défendre les intérêts du Québec à Ottawa ne peut être la tasse de thé des députés du PLC, du NPD ou du PCC soumis aux intérêts pancanadiens si contradictoires. C’est la mission essentielle des députés du Bloc québécois qui travaillent à la Chambre des communes. Il est évident que ni le premier ministre libéral Justin Trudeau, ni le néo-démocrate Jagmeet Singh ni le conservateur Andrew Sheer ne se préoccupent sérieusement du sort du Québec, sauf en temps d’élections. Ils ont d’autres intérêts à servir et n’accordent que bien peu d’écoute aux timides demandes du premier ministre du Québec. La chance est immense pour le Bloc québécois de pouvoir drainer les voix de nombreux Québécois.

La mission du Bloc québécois est donc plus importante que jamais: défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Dieu sait qu’ils ont de l’ouvrage pour présenter les intérêts culturels, économiques et financiers de tous les Québécois! Malgré leur petit nombre, juste une dizaine, les députés du Bloc réussissent quand même à jouer le rôle du caillou dans la chaussure fédérale dans de nombreux dossiers: Énergie-Est, le chantier maritime de la Davie, l’aide à Bombardier, les infrastructures pour le transport en commun, etc., autant d’occasions de montrer que le fédéralisme handicape le Québec. Ils ne peuvent pas faire beaucoup plus, étant donné les limites de leur temps de parole. Ils réussissent malgré tout à se faire les porte-parole des consensus de l’Assemblée nationale du Québec, surtout ceux qui ont été obtenus par le parti frère, le Parti québécois.

Un vote de confiance s’impose

À titre de membre fondateur du Bloc québécois, je demande donc au Bureau central du Bloc québécois de tenir une assemblée générale d’urgence pour mesurer par un vote démocratique l’appui à Martine Ouellet, afin de préserver et d’assurer l’avenir d’un Bloc recentré de façon réaliste sur ses valeurs fondamentales, ni exclusivement celui de Martine Ouellet, ni tout à fait celui des belles années de Gilles Duceppe. Un Bloc dans lequel la répartition du travail ne demande pas à tous de tout faire; un Bloc dans lequel l’apport de chacun est reconnu et mis en valeur, même si de légères divergences obligent à réfléchir et à se remettre en question. Le Bloc québécois dont nous avons besoin est un Bloc vivant, qui évolue et qui s’adapte rapidement, un Bloc qui éclaire les dysfonctionnements du gouvernement fédéral par rapport aux intérêts québécois.

Pour faire l’Indépendance du Québec, le seul véhicule, c’est le Parti québécois. Pour y parvenir, il a besoin d’un Bloc fort et uni comme de l’union de toutes les forces vives de la nation québécoise, au-delà des intérêts individuels et particuliers. Il faut rapidement tout mettre en oeuvre pour sauver le Bloc québécois. Pour dénouer l’impasse et résoudre la crise, un vote de confiance s’impose.

Jean-Louis Bourque, politologue