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«Le web est laid, ces temps-ci. Et ça ne semble pas aller en s’améliorant», déplore Marie-Christine Chartier de l’Association canadienne pour la santé mentale, filiale de Québec.
«Le web est laid, ces temps-ci. Et ça ne semble pas aller en s’améliorant», déplore Marie-Christine Chartier de l’Association canadienne pour la santé mentale, filiale de Québec.

Et si la troisième vague était celle de la violence?

Marie-Christine Chartier
Marie-Christine Chartier
Association canadienne pour la santé mentale, filiale de Québec
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POINT DE VUE / On la voit partout, récemment. Elle est présente dans les nouvelles, une femme tuée par son mari, une femme attaquée au marteau par son conjoint. On joue avec les mots. Violence conjugale, non, non, violence tout court. Merci. On regarde les nouvelles et ça nous dégoûte, ça nous renverse et ça le devrait. C’est de la violence évidente, gratuite, de la violence dont personne ne questionne la nature. C’est une tragédie. L’affaire, c’est qu’il y en a tellement d’autres qu’on laisse passer.

Avez-vous ouvert vos réseaux sociaux, dans les dernières semaines, même les derniers mois? Partout, dès qu’une personne ose exprimer une opinion, elle se fait bombarder de commentaires haineux, vils, des mots qu’on n’oserait jamais prononcer à la personne si elle se tenait devant nous. Le web est laid, ces temps-ci. Et ça ne semble pas aller en s’améliorant. Même le premier ministre a été obligé de faire un message concernant les propos haineux sur sa page. Qu’on soit d’accord avec ses actions ou non, personne ne mérite des insultes et des menaces de mort au quotidien.

OK, c’est un rôle polarisé, celui de premier ministre. Oui, on s’expose à la critique quand on décide d’aller en politique. Mais je ne me souviens pas quand insulte est devenu synonyme de critique? J’ai manqué le bout où opinion et commentaire haineux sont devenus des termes interchangeables. Et puis, on n’est pas obligé d’être le PM pour recevoir de la haine en ligne. N’importe qui décidant d’exposer une opinion, sur absolument n’importe quoi, devient la cible de commentaires désobligeants. Prenons le cas de Marilou de Trois Fois par Jour. Il y a quelques semaines, elle a lancé une collection de chouchous à cheveux faits au Québec. Rien de bien alarmant ici, non? Rien pour nourrir la haine, n’est-ce pas?

Et pourtant. Le flot de commentaires désobligeants a été tellement intense qu’elle a dû réagir sur sa page. Tant de haine pour des élastiques à cheveux «fancy»… mais où s’en va donc le monde?

Le plus gros problème dans tout ça, c’est que c’est notre santé mentale qui en prend un coup. Les réseaux sociaux sont, pour beaucoup, le moyen le plus facile de garder contact avec leurs ami.e.s et leurs proches en temps de pandémie. Il devient pourtant difficile d’y passer du temps sans se sentir affecté par cette aura néfaste qui s’y dégage. En plus de s’entourer de négativité, on en vient également à questionner ses opinions, à douter de soi (si je dis quelque chose, je sais que je vais me faire ramasser, donc je ne me prononce plus), et on baigne dans une atmosphère globale qui mine le moral. La santé mentale des Québécois.e.s est déjà affaiblie… il faut se protéger encore plus.

Le verre déborde

D’où vient donc toute cette violence?

Les gens sont au bout du rouleau. Les jeunes sont en punition depuis un an, les parents jonglent avec leurs emplois et leur parentalité comme on jongle avec des couteaux sans s’être pratiqué. Et puis il y a l’ennui, le temps qui passe, nos amis ont des enfants qu’on ne voit pas, nos parents vieillissent sans nous. On voit un éclat de lumière au bout du tunnel, pour simplement se rendre compte qu’il s’agit d’une pancarte où il est inscrit «marche arrière». Je comprends un peu pourquoi le monde est toujours prêt à exploser pour un tout ou pour un rien. Je n’excuse pas le comportement: jamais ce genre d’agissement ne devrait être toléré. Mais je pense que je comprends d’où vient toute cette colère. Le verre est plein. Et chaque nouvelle, chaque annonce, chaque marque de chouchou maison le fait déborder à nouveau. Pour tout, pour rien.

Et la douceur, là-dedans?

Mais qu’est-il arrivé à la bienveillance? Dans un article publié dans le cadre de la semaine de la santé mentale, le centre de service scolaire des Grandes-Seigneuries abordait le thème de la bienveillance en disant: «…la bienveillance permet la sécrétion d’hormones de «bien-être» qui, elles, favorisent la motivation, la confiance, le développement des liens et l’empathie. La bienveillance peut se traduire dans le quotidien par de petits gestes d’attention et par une attitude d’ouverture et d’accueil de l’autre.»

Mais où est donc cette bienveillance? Où sont les «ça va bien aller» dans nos fenêtres et dans nos cœurs, où sont les sourires pour nos prochains quand on marche dans la rue? Mon verre à moi est rempli aussi, et j’ai hâte de le vider. Mais je pense que d’être doux les uns envers les autres, ça pourrait être une bonne solution pour relâcher un peu de pression. La douceur comme vide-cœur! On a essayé la colère, et voici où on en est. N’est-ce pas le temps de tenter autre chose? Je me le demande sincèrement. De préférence avant que tous nos verres collectifs se vident dans les rues et qu’on n’ait personne à qui se raccrocher pour éviter de se noyer. La douceur comme bouée de sauvetage? Moi j’y crois.

Et toi?