Le Mouvement Desjardins n’existerait pas sans tous ses membres fidèles.

Et les personnes, ces victimes de Desjardins?

À M. Paul Lalonde, Président du conseil d’administration, Caisse Desjardins de la Petite-Nation

J’ai décidé de retirer certains de mes placements de la Caisse Desjardins de la Petite-Nation sans attendre l’échéance. Ma décision est motivée par la façon dont vous avez agi dans le dossier du guichet automatique de Ripon.

Vous avez entendu ce que les nombreux membres de la caisse comme moi vous ont dit à l’assemblée générale extraordinaire sans droit de vote, le mardi 3 avril 2018, à l’église St-Casimir de Ripon, mais vous ne nous avez pas écoutés. En fait, la rencontre était une opération de relations publiques de votre part pour nous faire avaler la décision que vous aviez déjà prise.

Le 6 avril 2015, j’ai ouvert un compte à la caisse Desjardins de la Petite-Nation. J’avais déjà un compte dans une autre caisse. C’était donc un choix de ma part d’ouvrir un compte dans la région, car je n’étais pas obligé. Je venais d’acquérir une propriété dans la Petite-Nation. Je voulais contribuer au développement économique local en encourageant une entreprise coopérative. J’étais, alors, convaincu que Desjardins avait conservé des racines profondes dans son milieu et avait à cœur les intérêts de ses membres et de la population.

Ce n’était pas le rendement d’un point de pourcentage que j‘aurais pu obtenir auprès d’une autre institution financière qui me motivait, mais la conviction que la coopérative se préoccupait de ses membres en offrant aussi des services. Pour ma part, je choisis une entreprise qui peut offrir un bon service à la clientèle. Ce n’est pas seulement le prix qui compte quand on achète un produit.

J’ai toujours eu à cœur l’économie de la Petite-Nation en encourageant les entreprises locales. Depuis de nombreuses années, j’utilisais le guichet automatique de Ripon pour me procurer de l’argent pour faire mes achats au marché public de Ripon et dans les autres commerces de la Petite-Nation. C’était un service essentiel. Pas seulement pour moi, mais aussi pour les autres membres de Desjardins qui n’ont pas l’Internet et qui n’ont pas d’auto pour se déplacer.

Contrairement à ce que les dirigeants de la caisse ont dit, même s’il n’y a pas beaucoup de personnes qui utilisent le guichet, elles aussi ont droit à des services. Ce sont des membres à part entière qui méritent le respect.

Comme je sais que ces services ont tout de même un coût, j’aurais accepté de payer des frais pour utiliser le guichet. La caisse aurait pu également utiliser une partie des ristournes pour garder le guichet ouvert. J’aurais participé à l’effort commun pour conserver un guichet qui ne permette pas seulement de faire des retraits, comme ce qui est proposé dans le projet pilote.

De toute manière, rien ne dit qu’à la fin de la période d’essai du projet pilote, la caisse ne trouvera pas un prétexte pour mettre fin à l’expérience. Le passé est (souvent) garant de l’avenir…

Ce qui m’a le plus déçu dans toute cette histoire, c’est l’absence d’écoute des dirigeants de la caisse de la Petite-Nation à l’égard des commentaires de leurs membres.

À l’assemblée générale extraordinaire, vous avez tenté de justifier votre mauvaise décision en parlant de chiffres, mais vous avez très peu parlé des personnes qui étaient touchées par cette décision.

Sur le site Web de la caisse de la Petite-Nation il est écrit : « Des dirigeants qui veillent à vos intérêts ». Malheureusement, cette maxime que vous arborez si fièrement sur votre site n’est pas du tout avérée.

Vous n’êtes pas sans savoir que le peu d’argent que la caisse Desjardins de Ripon pensait économiser en fermant le guichet automatique de Ripon, elle va le perdre par le retrait de placements de membres comme moi. Je pensais aussi souscrire une hypothèque à la caisse pour ma propriété dans la région, mais ce projet est remis aux calendes grecques. J’ose croire qu’il y a encore des valeurs importantes comme la solidarité, le partage, l’entraide dans notre société. Tout ne se résume pas qu’aux mots « profits », « rendement », « déficit ». Pour ma part, je continuerai à soutenir l’économie de la Petite-Nation en effectuant mes achats dans les entreprises locales.

Le Mouvement Desjardins n’existerait pas sans tous ses membres fidèles. Il n’est pas trop tard pour revenir à l’idée qui a guidé Alphonse Desjardins lorsqu’il a fondé le mouvement des caisses populaires. Un mouvement (Desjardins) pour et près des gens. C’est cette idée qui permettra aux membres de vouloir continuer à faire affaire avec la caisse Desjardins, car elle n’est pas comme toutes les autres institutions financières. Si vous coupez les racines d’un arbre, il meurt. Il faut éviter de commettre l’irréparable.

Et bien que votre président, Guy Cormier, prétende que Desjardins fait déjà plus que les autres institutions financières pour se dédouaner des décisions impopulaires qu’il prend, peu nous importe, car, effectivement, nous nous attendons à plus de Desjardins.

Tous, nous savons comment les caisses sont nées et qui les a portées à bout de bras au fil des décennies : ses membres, peu importe leur région.

Plusieurs d’entre nous s’en souviennent, d’autres un peu moins. Quelques-uns veulent même l’oublier.

L'auteur du texte est Marc-André Dupont, de Ripon.